mardi 12 avril 2011

14 nissan 5753 :Antony and the Johnsons - Hope there's someone, live




13 avril 1993

“je roule à trés grande vitesse, à je ne sais quelle vitesse et c’est insuffisant. Je me rapproche et ne peux rattraper son temps de vie qui ralentit à l’approche de l’inéluctable. J’appelle inéluctable : la mort. Non pour la métonymie, mais pour ces souvenirs de ces dimanches al campo santo, accompagnant ma grand mère : initiation paradoxale à la vie. 

Et je ne comprenais pas ce que mourir signifiait, ni pourquoi il fallait mourir ni pourquoi il fallait accepter et ...pleurer. Et je m’étais mis en tête de refuser la mort.
Je ne sus que nommer autrement ces effets qui s’insinuaient dans ma vie, forçant comme un coin, écartant sur un vide.
L’inéluctable comme une vis vrille mon esprit de son travail implacable et les souvenirs en copeaux attestent de son indifférente constante à torsader le temps sur les corps, brisant le choisi, agenouillant le survivant.
Et sa musique me murmurait l’inutilité de lutter : résonnance italienne : “il lutto” : le temps du deuil et des larmes des femmes égrenant le rosaire.

Des mots sur un carnet, phrases-balancier sur mon propre vide m’accompagnent et tressent une fiction de filet. Mental effondré. Sur la vie ne voir que l’ultime devenir et dans les yeux des êtres chers : leur perte.
Le temps dans mes veines : congelé
Je ne posséde aucun savoir sur l’existence. Toujours étais démuni. Trou noir, notant les éclats, la brillance, l’énergie, la présence d’étoiles au loin sans nostalgie.”
***
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*****

Imor a de grandes mains qui s’agitent au rythme de sa voix quand il parle en français. Imor ne parle pas. Il orchestre des mots de son index droit, bagué d’une pierre noire. A l’écouter je découvre une langue, ma langue et en viens à l’aimer. 
Son français a une dominante littéraire, comme le parlent seuls les francophones d’origine africaine. Cette syntaxe a la vertu de m’intimider tant on sent le souci de l’accord des temps de la justesse des mots.
Etrangement Imor y greffe une gestuelle très italienne du discours. Ses phrases se font amples et ses anecdotes, des odyssées. Parfois quand dans ce flot se glisse un contresens, Claude s’en amuse et joue au précepteur en le charriant. C’est entre eux le signal d’un jeu convenu dans leur langage amoureux. Comme si l’oriental devenu silencieux attendait ce signal pour revenir sur une scéne , temporairement prêtée.
Mon regard s’est fait attentif quand claude m’a presenté Imor à son retour de Stokholm.J’ai écrit “présenté” sur mon carnet tant j’étais surpris de l’importance que cela revêtait pour lui, d’autant que je n’étais pas parmi ses plus proches. 
Je vivais alors avec une jeune femme qu’il avait aimé avant qu’elle ne s’éprenne du garçon qu’il lui avait présenté. Le garçon s’était détourné de l’une et de l’autre. La jeune femme avait trouvé une compensation momentanée : moi. 
Et claude frappait de temps à autre à sa porte, reprenant le fil de leur amitié singulière. 
Nos corps s’étaient retrouvés sur la couche de “l’aimée” avant qu’un traducteur aît pu me préciser ce que je faisais entre eux deux. Je ne m’étais pas senti trahi. Non par le fait d’avoir déjà goutter des situations analogues mais par ce qu’il n’y avait pas de rivalité entre lui et moi. Je le ressentais intuitivement. Claude ne calculait pas. Il était enveloppant quand il éprouvait de l’affection, pouvait se tenir en retrait ou vous faire partager sa passion pour un film, des idées, une exposition ou un être qui avait traversé sa vie à un moment. 
Sa relation à J gardait connivences et secrets de couple, dérivant comme souvent vers de mutuelles récriminations. Je restais témoin muet de leur passé sans interférer.
Toute la personnalité de Claude me mettait en porte à faux dans un effet-miroir sur un vide que je cultivais. Il affichait un dandysme que lui permettait sa beauté, en jouait et ce qui d’ordinaire m’aurait courroucé, éloigné, semait des interrogations. J’avais nommé dés le début “dandysme” son besoin solaire de paraître et m’étais bien vite rendu compte qu’il n’y avait rien de superficiel en lui.
Claude était désir, là où j’étais renoncement et nos mondes m’étaient apparus d’emblée symétriques. L’épreuve des corps comme vases communiquants m’avait révélé le relief de ma vacuité. Je simulais quand lui aimait. L’ébat entre nous s’était révélé vain tant mon corps s’absentait à ses caresses et ma verge, coudrier impuissant, ne décelait pas source de vie.
Il ne s’en était pas offusqué. Le désir l’irradiait et je me demandais comment un garçon pouvait me désirer tant je n’avais rien d’un apollon laissant mon corps a volo sous prétexte d’autres impératifs. Et je n’en avais aucun. J’hibernais d’un hiver de quinze années. Dans une glaciale culpabilité. alibi pour ne pas penser, ne pas aimer. Végéter. Sous le soleil méditerranéen. Jusqu’à ce que cette fille délivre un sésame et m’entraina dans son repaire parisien.

Chaque fois que nous nous croisions, Claude me libérait de secrets que je ne voulais plus garder, au grand soulagement de J, lasse de ces mêmes confidences.
J’étais un marrant. Mon sujet favori était la mort. La peur de la mort.. La mort de l’autre. Comme un buvard Claude prenait les mots sous une autre perspective et les redéposaient asséchés de leurs maléfices. Ces moments se convertissaient en mon esprit dans une métaphysique qui me transcendait. Je sentais ce souci de l’autre, cette attention immédiate à investir la part humaine en partage, de s’en porter témoin comme dans un hommage à des moments de vie.

J’étais un incroyant par ce que ce monde sans dieu m’était plus compréhensible. Ma foi ne s’éveillait qu’au contact d’êtres livrant cette étincelle où s’embrase la joie d’exister.
J’étais en apprentissage et Claude qui était mon cadet de cinq ans m’enseignait.
Tuteur sans le savoir, il m’insufflait son regard sur le beau, sur son gout d’une vie sous le sceau de l’esthétique. J’étais un mauvais éléve, trop d’inhibitions. Seule ma curiosité lézardait ces handicaps et m’avait fait remarquer son engouement pour les vêtements de grandes marques, ce soin, quasi maniaque à enfiler des embauchoirs dans ses chaussures dès qu’il les otait. Tant de gestes empreints de cohérence. Claude était bien la première personne dont je pouvais penser qu’elle avait un art de vivre. J’étais impressionné. Comme je l’avais été vingt ans auparavant par une enfant qui brulait sa vie
“sans temps mort et sans entrave”, au de là du slogan et des images à la james dean pour s’éteindre dans un hôpital de province par ce que le seul poumon artificiel du département était déjà occupé.
Claude m’impressionnait et j’en avais déduit que nous ne jouins pas dans la même catégorie, non par ce qu’il préérait les garçons : il était aimé des filles aussi : mais par ce qu’il aimait la vie.

***
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“Je roule à très grande vitesse, les paysages dans cet accéléré ne captent pas mon attention. Je suis entre Paris et Lyon : immobile, sur un siège et déjà à son chevet. Dépouillé. 
Et le silence me traverse comme un signal lumineux. Je cherche dans mon carnet un passage recopiè du Livre de Samuel :
-”12. Or David était le fils de cet éphratien de bethléem de juda, nommé Isaie, qui avait huit fils, et qui du temps de Saul était avancé en âge.
-13 Les trois fils ainés d’Isaïe avaient suivi Saul à la guerre ; le premier né de ses trois fils qui étaient partis pour la guerre s’appelait Eliab, le second Abinabad et le troisième Schamma
-14. David était le plus jeune. Et lorsque les trois ainés eurent suivis Saul,
-15. David s’en alla de chez Saul et revint à Bethléem pour faire paître les brebis de son père...”
Les mots glissent sur ce temps devenu insensé, flux d’une autre durée.
Enfant, j’aimais les contes qui allaient accompagner l’épreuve de la nuit, projetant leurs images sur l’écran noir : redouté.

J’ai écrit ces mots de l’Ancien Testament, non par croyance mais par respect. Je cherche des mots pour Claude, des mots qui ne diront rien de lui, des mots qui ne seront jamais lui, des mots qui sément sa présence en mon esprit.. 
Je lis le Livre humblement pour Claude-Ruben, jeune juif qui m’a offert son amitié, son sourire, son affection et qui prenait le temps d’écouter mes impasses quand sa vie et sa durée étaient comptées : étaient sans prix. 
Je lis le Livre pour amorcer sa voix en moi, pour être éveillé à ce privilége de cette indéfectible rencontre qui me rend autre à moi même. 
Je lis le livre les yeux baissés devant son épreuve et il bravait le temps de son appareil photo toujours à portée de sa main, inscrivant son visage sur l’instant suspendu. 
Je lis le Livre pour honorer sa pudeur à s’avancer à découvert et son courage à ne rien brader. Je lis le Livre pour irriguer ma mémoire et ancrer sa vie comme un savoir vivifiant et Présent. 
Je lis le Livre cheminant sur des traces pour retrouver cette part de lui qui l’a conduit plus loin. Je lis le Livre tissant le lien de mes mots murmurés à son souffle soustrait et seuls mes mots ne sauraient pas lier, ne sauraient pas raccorder Claude-Ruben à l’histoire humaine que le Livre conte.>>

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Imor a de grandes mains, fortes et précises, délicates. La serviette qu’elles tiennent éponge la sueur perlant sur le frontde Ruben, sur son corps en souffrance. Toutes à leurs tâches, sans hésitation devant l’avenir, dans un langage entendu, porteuses de leur derniers messages.
A les voir, je découvre ce qu’aimer veut dire. A le voir je comprend la fierté de Ruben quand il le présentait<; Cette fierté devant l’Eldorado. Et sa surprise d’être captivé par cet autre qui vous ravit par ce qu’il a de plus intense. Ruben, intarissable sur ce jeune suédois plus dandy que lui, plus exigent que lui, plus passionné que lui, prêt à l’aimer, prêt à l’épreuve et chaque année je recevais en forme de carte postale, leur photo côte à côte, zébrée d’un <chana Tova> écrit à la hâte qui donnait à ce voeu une espérance renouvelée.
Me viens le souvenir de leur jubilation à se présenter mutuellement d’un <voici mon mari> livrant l’interlocuteur à un infini questionnement ponctué par leurs éclats de rire.

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Les mains d’Imor reposent la serviette. Près du lit, il se rassoie et reprend la main de Ruben, endormi.
Je me dis que la véritable passion est une vertu de vikings. Son visage de jeune page est celui d’un guerrier au combat. Depuis quatre ans il guerroie au côté de son élu, ce temps qui entame, la fatigue qui gagne, ils guerroient le cynisme, l’indifférence de la mécanique hospitalière.
Ils ont choisi le combat pour être ensemble. Leurs esprits habitent l’épreuve. Leurs esprits ont visité tous les recoins de l’épreuve jusqu’au passage plus étroit où l’un s’effacera.

Ce soir Imor veille, comme les soirs précédents depuis leur retour de Stockholm pour de nouveaux soins. Entouré par la famille de Ruben.
Sait-il, ce viking, qu’il ramène <<...vers le père, le coeur du fils et vers le fils, le coeur du père>>. Et ces mots venus de si loin sont plus qu’un destin. Ils portent le souffle de cet amour qui réunit en séparant et se projette en mon esprit <Pandora> ce film avec Ava Gardner et James mason et je croyais entendant << will you die for me?>> découvrir le principe de l’amour et j’ignorais combien la vie redimensionnerait la séquence me faisant témoin d’une passion qui demande à l’autre de lui survivre. Et mes yeux fixaient la main d’Imor serrant celle de Ruben et je n’osais les regarder, rappelé à des souvenirs qui m’ombraient d’indignité.
***
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<< Je roule à très grande vitesse et cela n’a plus d’importance. Les paysages semblent se rebobiner et chaque moment de ces vingt quatre heures s’empile, désordonnée. J’ai anticipé ces moments comme l’on prépare un voyage, décalquant sur ce carnet fétiche , le trajet.
Et je lis les mots qui m’ont guidé :
<<16. Le philistin s’avançait midi et soir et il se présenta pendant quarante jours...>>
Ruben aété vaincu. Cette fois Goliath s’est avancé silencieux, sur sa tête point de casque d’airain ; point de cuirasse à écailles sur son torse. Point de javelot n’armait son bras, non cette fois Goliath ne fut pas le géant de six coudées et un empan qui réclamait le combat singulier.
Et le combat inégal devint plus inégal.

Je lis le Livre pensant à Imor et je n'ai plus de mots. Mes mains accrochées au carnet , feuillettent pour retrouver ce cantique funébre que David composa pour Saul. et Jonathan.

Machinalement ma main a saisi le stylo suivant à la trace chaque ligne:

26. Je suis dans la douleur, à cause de toi, Jonathan, mon frère..
puis de manière appuyée a souligné :
Tu faisais tout mon plaisir... : ton amour pour moi était admirable au dessus de l’amourdes femmes.>>

et au point final a daté

14 nissan 5753


vendredi 1 avril 2011

1/04/Cendrillon après minuit - Stephan Eicher




fus assailli par des visions incendiaires, le type de visions qui deviennent incessantes questions au point de vous ouvrir les paupières, histoire de vous tirer du sommeil. L’avantage du borgne est de tenter de poursuivre la nuit côté aveugle, las de ce côté là l’écran de mes pensées est en 3 D. C’est étonnant d’ailleurs, je me souviens des premiers temps, cette privation d’un voir, jusqu’au moindre fil de clarté et en se concentrant sans trop paniquer, prendre conscience d’une rémanence d’images kaléidoscopiques, colorées, bigarrées et surtout non controlées comme un flux diffus délivrant son message incompréhensible.
Mais revenons à cette nuit d’insomnie. Les pensées étaient légions assaillant mon esprit d’images embryonnaires, surgissements d’instants, mitraillage de simples phrases. Mais les légions, cette fois encore ne se satisfaisaient pas d’attaquer la tête, elles pilonnaient l’estomac m’offrant des reflux oesophagiens, de ces bombes chlorydriques interdites par le traité de genéve ou de megéve : la douleur balafre ma mémoire à moins que ce ne soit un besoin de glace.
Je me levais, enfin, rampais jusqu’au frigo tt proche (avantage de vivre ds 40 m2) pour me saisir d’une bouteille de lait, à ces moments seul ce breuvage peut atténuer la brûlure. Bien sûr dès que je tiens la bouteille, un autre questionnement oblitére mon esprit, est ce un signe, un signifiant : ce lait? retour au sein? au sein de ces pensées malveillantes ou plutôt éveillantes. J’avais beau me dire que ramener tout à cette succion des premiers jours ou plutôt à cette absence, semblait bien réducteur mais le liquide me disait le contraire en répandant un premier soulagement. A cet instant j’étais presque heureux. Heureux d’avoir annihilé l’assaillant. Enfin son attaque intestinale. Mais les visions incendiaires demeuraient dévastant l’espace verdoyant de ces derniers jours.
Savoir que l’on ne va pas trouver le sommeil aurait tendance à me paniquer surtout si le lendemain, je dois m’agiter 8 h durant. Le fait d’en être dispenser me fit envisager l’énoncé autrement. Les blessures, les ruptures , les échecs de toutes sortes pouvaient être des origines renouvelées, des points de départ d’autres trajectoires. Dis ainsi tout semble simple, on s’allége des entailles dans les chairs, de ces mots meurtriers qui vous vrillent l’esprit comme une vis sans fin. J’étais de ces êtres dont la vie avait le cycle de la journée. J’en ignorai le pourquoi mais en ressentais la chronobiologie dans mon organisme. La crédulité y était pour beaucoup. Cet état jumeau de la croyance alimenta un moi en moi bien chétif.
Enfant je prenais les mots à la lettre. Quand la zia m’apprit la première prière, le fameux pater noster, j’eus un bien en latin mais ma version française laissait à désirer. La zia traduisait “notre père qui êtes aux cieux mais l’homme qui nous faisait face avec sa couronne d’épines n’était pas aux cieux et lui faire mensonge, il ne pouvait en être question, si bien que je récitais fiérement à ma tutrice un “notre père qui êtes dans l’arbre”! Ceci dit, ce n’était pas non plus un arbre mais comme la croix était en bois, La zia, je m’en souviens, sursauta, se signa et me reprit sans me convaincre, ce jour là, grand-mère dûe clore l’échange qui tournait au bras de fer.
La crédulité à la différence de la croyance a cette fragilité du friable là où la foi se veut acier trempé. Ma crédulité du jour s’est toujours laminée dans ce dévoilement d’un réel qui en me révélant le porte à faux m’invitait à ne pas m’y accrocher.
Mon ingénuité autre pan de l’être crédule est de chercher reconnaissance auprès de ceux qui sauront vous en priver. C’est surprenant l’énergie que vous dépensez dans cette impossible dialogue. Balle projetée à grande vitesse contre des murs qui vous renvoie la déshérence à chaque rebonds dans une partie d’un squash insensé. Le névrosé comme le camé revient mendier sa dose-moi-tjs-prêt- à- payer- miss miss : verset de la compulsion “ô ne nous délivrez pas du mal”. Et dans le “il n’y a rien pour toi” il s’inocule la mégadose, la seule dose à son jeu nécessaire : le manque. Ne fus jamais suicidaire, bien sûr la déprime mais là c’est plutôt de l’ordre de la lucidité sur l’ordre ou le désordre d’un monde. Ai eu sur ma route bien des âmes-corps dont la bienveillance répandit ses bienfaits momentanés sur mon être mutique ou délirant. Au sein de ma famille je demeurais aussi transparent que leur secret.





mardi 29 mars 2011

agosto 15 , long times ago /somebody to love-jefferson airplane





S’appelait-il encore colonnel Lawrence, ce mois de mai 1935, roulant entre les cottages d’angleterre sur sa Brough 1000 cm3. Un dos d’âne, deux cyclistes masqués, c’est la fin.
Je me souviens des yeux bleux de Peter O’Toole et d’un désert sur un écran des années soixante.
Plus tard, bien plus tard, je pris connaissance de sa phrase-emblème.
Ou Phrontis, en grec, ne  t’en fais pas.

Elle avait treize ans en ce printemps 1968. Treize ans et un savoir immémorial puisé dans ses parcours dans l’anoxie. C’était un samouraï, elle en avait le codex gravé  dans la peau et les yeux bridés et l’art de vivre avec urgence : intensités. Elle était vivante, danse avec un E, dense avec un A : ses polarités  Quand ma mémoire a-t-elle basculé, faisant de moi un faux témoin, pétrifié, des éclats  dans la tête, des secrets relégués, des visions ensablées, tant de trésors dans ce dédale?  

OU PHRONTIS
je me souviens
-Ne t’en fais pas” disait elle, “tu me survivras, tu connaîtras d’autres filles, bien sûr tu ne m’oublieras pas...”
-Ne t’en fais pas, désenclave toi de ce marécage, j’ai besoin de ta présence, de toute ta présence...”

OU PHRONTIS
un an avant sa mort, son retour à Cannes.
-”j’ai lu la terreur dans tes yeux , jm, tant de choses étaient mêlées...” -”je voyais ma mort dans tes yeux, je voyais ta peur.” -”J’attendais de toi, l’énergie de la vie, tu savais combien mon temps était compté.” -”je suis partie à paris, tu ignoreras toujours combien je t’aimais. Tu ne sauras rien de l’amour, n’ayant vu ce que mon être condamné était prêt à donner.” -”je suis partie à Paris, je n’avais pas d’autre choix.” -”Tu étais fantôme, tu avais perdu la parole. Quand tu l’as retrouvée, c’était pour balbutier des choses insensées : t’établir en usine et toutes tes chimères militantes de luttes des classes.” -”Tu me fuyais, jm et tu fuyais la vie, bien sûr nous étions murés et tu as oubliué tous les secrets qui nous liaient, tous les chemins parcourus, tu as laissé la peur te posséder.” -”je suis revenue vers toi, tu en as pleuré. Il t’a toujours fallu du temps pour comprendre, ce lent travail de l’intellect à sous peser toutes choses.”  
OU PHRONTIS
je me souviens
-”je te verrai avant ton départ pour Londres, jm”
*”je ne sais pas si j’y vais”
-”tu en as envie”
*”oui”
-”n’hésite pas, tu te souviens de cette chemise de nuit?
*”tu l’avais piquée à ta mére”, je ne peux pas rester!
-”tu ne me désires plus!”
*”ô bambolina”

OU PHRONTIS
il descend du train, c’est l’assomption, il a 23 ans, dans le snack de la gare, deux copains attablès font mine de ne pas le voir, il s’approche, ne comprend pas leurs visages, demande des nouvelles. Les garçons restent évasifs, il se dirige vers le bus sentant leur regard ne pas le quitter.

OU PHRONTIS
vers la casa ses pas. Il doit être onze heures, Dans la rue, un homme sur son vélomoteur se rapproche, Henri va au marché. Le vélomoteur ralentit, henri s’arrête, des siècles sur son visage, deslarmes dans sa voix :
¤”Où étais tu?”
*”à Londres!”
¤ “Patricia est morte, il y a trois jours, Jacqueline veut te voir.” *”oui, oui murmure-t-il,son mental assourdi devient proie de l’absurde. *”cela s’est produit/ cela s’est produit...” Ces mots imaginés sont moi sonnés. Ces mots, fourches caudines, récolte tant redoutée Now liés/ syllabes après syllabes à son corps, mécanique apeurée. Aporie!  
OU PHRONTIS
il prend la voiture, se retrouve chez des amis, lourds de veille leurs visages, attendant un impossible démenti.
<”Jacqueline veut te voir, disent ils
*”je sais, je sais” .Il prend L par la main, il l’embrasse, lui parle, le réconforte
*”je ne peux même pas pleurer” murmure-t-il
*”allons chez toi”, elle acquiesce, il lui tient la main, la tiendra tout au long du trajet, dans l’appartement, il la saisira à bras le corps criant  : *”tu es vivante, vivante”, elle l’écoute, l’accepte assummant sans mot dire la dérive de l’autre, puis quand il lui dit qu’il lui faut être seul quelques heures, elle hésite :  “ne t’en fais pas” ajoute  -t-il

OU PHRONTIS
derrière des lunettes fumées, incognito de lui même, il regarde une tombe simplement fleurie.
Ses lèvres, sans qu’un son ne les franchisse, tentant un impossible dialogue.
*”je suis là/je suis là”
borborygmes de l’absurde et l’écho lui rèvéle le dérisoire.
Dans une allée adjacente, une femme s’approche, elle est grande, jeune, porte une robe à fleurs, une manche déchirée dénude son épaule, elle s’arrête de vant lui :
↠”vous connaissiez cette personne” me demande -t-elle
*”Elle avait vingt ans”, les mots s’échappent de ma bouche
↠”je suis venue sur la tombe de mon enfant” reprend la femme, “il est mort asphyxié, nous étions à une soirée.... Je viens lui parler”
J’acquiesce de la tête tant je n’ai plus de mots, la femme s’éloigne.
Je la suis du regard dans ce périmétre d’enfance parcouru ogni domenica
dans ces rituels al campo santo cadencés aux sanglots de la nonna et de sa tante.
Lui aussi s’éloigne et sa mémoire s’éloigne aussi.

OU PHRONTIS
Jacqueline t’attend
du haut de la rue, elle le regarde dans cette non ascension, lenteur de ses pas
vers un moment tant appréhendé.
Jacqueline sourit, il est désemparé de se trouver devant la mère.
Il oubliera à tout jamais les premiers mots échangés, se retrouve dans le salon.
Elle apporte du café, il le hume comme un besoin d’encens, comme si les volutes
traçaient les torsades d’un temps projeté.
Elle raconte la crise d’asthme, le périple du transport à l’hôpital des broussailles, puis de Nice.
Le seul poumon d’acier en salle de réanimation déjà utilisé, cette même salle dont elle était sortie d’un coma de dix jours, trois ans auparavant. Son regard balaye le salon, les photos de leur fille, vesta silencieuse d’une histoire chaotique. Henri entre, s’assoie dans un fauteuil, laissant sa femme parler, des larmes dans ses yeux. Les voilà face à face sans le seul être qui régulait tant de folies et dans le paroxysme de leur douleur, cette femme, cet homme s’inquiètent de ses réactions.
Jamais dans son existence, il n’a ressenti une telle bienveillance.
Redouble dans le trèfond de mon être une sorte d’indignité
tant grande fut ma lâcheté.

tout ce qu’il enregistre est absorbé par l’oubli.
Il perd la chronologie de cette vie.
Les repéres de son existence
se dérobent
Cette peur de la perte si inhérente à son être
trouve la voie de sa réalisation.
Ses sens se pétrifient
-corps dans son chaos-






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S’appelait-il encore colonnel Lawrence, ce mois de mai 1935, roulant entre les cottages d’angleterre sur sa Brough 1000 cm3. Un dos d’âne, deux cyclistes masqués, c’est la fin.
Je me souviens des yeux bleux de Peter O’Toole et d’un désert sur un écran des années soixante.
Plus tard, bien plus tard, je pris connaissance de sa phrase-emblème.
Ou Phrontis, en grec, ne t’en fais pas.

Elle avait treize ans en ce printemps 1968. Treize ans et un savoir immémorial puisé dans ses parcours dans l’anoxie. C’était un samouraï, elle en avait le codex gravé dans la peau et les yeux bridés et l’art de vivre avec urgence : intensités. Elle était vivante, danse avec un E, dense avec un A : ses polarités Quand ma mémoire a-t-elle basculé, faisant de moi un faux témoin, pétrifié, des éclats dans la tête, des secrets relégués, des visions ensablées, tant de trésors dans ce dédale?

OU PHRONTIS
je me souviens
-Ne t’en fais pas” disait elle, “tu me survivras, tu connaîtras d’autres filles, bien sûr tu ne m’oublieras pas...”
-Ne t’en fais pas, désenclave toi de ce marécage, j’ai besoin de ta présence, de toute ta présence...”

OU PHRONTIS
un an avant sa mort, son retour à Cannes.
-”j’ai lu la terreur dans tes yeux , jm, tant de choses étaient mêlées...” -”je voyais ma mort dans tes yeux, je voyais ta peur.” -”J’attendais de toi, l’énergie de la vie, tu savais combien mon temps était compté.” -”je suis partie à paris, tu ignoreras toujours combien je t’aimais. Tu ne sauras rien de l’amour, n’ayant vu ce que mon être condamné était prêt à donner.” -”je suis partie à Paris, je n’avais pas d’autre choix.” -”Tu étais fantôme, tu avais perdu la parole. Quand tu l’as retrouvée, c’était pour balbutier des choses insensées : t’établir en usine et toutes tes chimères militantes de luttes des classes.” -”Tu me fuyais, jm et tu fuyais la vie, bien sûr nous étions murés et tu as oubliué tous les secrets qui nous liaient, tous les chemins parcourus, tu as laissé la peur te posséder.” -”je suis revenue vers toi, tu en as pleuré. Il t’a toujours fallu du temps pour comprendre, ce lent travail de l’intellect à sous peser toutes choses.”
OU PHRONTIS
je me souviens
-”je te verrai avant ton départ pour Londres, jm”
*”je ne sais pas si j’y vais”
-”tu en as envie”
*”oui”
-”n’hésite pas, tu te souviens de cette chemise de nuit?
*”tu l’avais piquée à ta mére”, je ne peux pas rester!
-”tu ne me désires plus!”
*”ô bambolina”

OU PHRONTIS
il descend du train, c’est l’assomption, il a 23 ans, dans le snack de la gare, deux copains attablès font mine de ne pas le voir, il s’approche, ne comprend pas leurs visages, demande des nouvelles. Les garçons restent évasifs, il se dirige vers le bus sentant leur regard ne pas le quitter.

OU PHRONTIS
vers la casa ses pas. Il doit être onze heures, Dans la rue, un homme sur son vélomoteur se rapproche, Henri va au marché. Le vélomoteur ralentit, henri s’arrête, des siècles sur son visage, deslarmes dans sa voix :
¤”Où étais tu?”
*”à Londres!”
¤ “Patricia est morte, il y a trois jours, Jacqueline veut te voir.” *”oui, oui murmure-t-il,son mental assourdi devient proie de l’absurde. *”cela s’est produit/ cela s’est produit...” Ces mots imaginés sont moi sonnés. Ces mots, fourches caudines, récolte tant redoutée Now liés/ syllabes après syllabes à son corps, mécanique apeurée. Aporie!

OU PHRONTIS
il prend la voiture, se retrouve chez des amis, lourds de veille leurs visages, attendant un impossible démenti.
<”Jacqueline veut te voir, disent ils
*”je sais, je sais” .Il prend L par la main, il l’embrasse, lui parle, le réconforte
*”je ne peux même pas pleurer” murmure-t-il
*”allons chez toi”, elle acquiesce, il lui tient la main, la tiendra tout au long du trajet, dans l’appartement, il la saisira à bras le corps criant : *”tu es vivante, vivante”, elle l’écoute, l’accepte assummant sans mot dire la dérive de l’autre, puis quand il lui dit qu’il lui faut être seul quelques heures, elle hésite : “ne t’en fais pas” ajoute -t-il

OU PHRONTIS
derrière des lunettes fumées, incognito de lui même, il regarde une tombe simplement fleurie.
Ses lèvres, sans qu’un son ne les franchisse, tentant un impossible dialogue.
*”je suis là/je suis là”
borborygmes de l’absurde et l’écho lui rèvéle le dérisoire.
Dans une allée adjacente, une femme s’approche, elle est grande, jeune, porte une robe à fleurs, une manche déchirée dénude son épaule, elle s’arrête de vant lui :
↠”vous connaissiez cette personne” me demande -t-elle
*”Elle avait vingt ans”, les mots s’échappent de ma bouche
↠”je suis venue sur la tombe de mon enfant” reprend la femme, “il est mort asphyxié, nous étions à une soirée.... Je viens lui parler”
J’acquiesce de la tête tant je n’ai plus de mots, la femme s’éloigne.
Je la suis du regard dans ce périmétre d’enfance parcouru ogni domenica
dans ces rituels al campo santo cadencés aux sanglots de la nonna et de sa tante.
Lui aussi s’éloigne et sa mémoire s’éloigne aussi.

OU PHRONTIS
Jacqueline t’attend
du haut de la rue, elle le regarde dans cette non ascension, lenteur de ses pas
vers un moment tant appréhendé.
Jacqueline sourit, il est désemparé de se trouver devant la mère.
Il oubliera à tout jamais les premiers mots échangés, se retrouve dans le salon.
Elle apporte du café, il le hume comme un besoin d’encens, comme si les volutes
traçaient les torsades d’un temps projeté.
Elle raconte la crise d’asthme, le périple du transport à l’hôpital des broussailles, puis de Nice.
Le seul poumon d’acier en salle de réanimation déjà utilisé, cette même salle dont elle était sortie d’un coma de dix jours, trois ans auparavant. Son regard balaye le salon, les photos de leur fille, vesta silencieuse d’une histoire chaotique. Henri entre, s’assoie dans un fauteuil, laissant sa femme parler, des larmes dans ses yeux. Les voilà face à face sans le seul être qui régulait tant de folies et dans le paroxysme de leur douleur, cette femme, cet homme s’inquiètent de ses réactions.
Jamais dans son existence, il n’a ressenti une telle bienveillance.
Redouble dans le trèfond de mon être une sorte d’indignité
tant grande fut ma lâcheté.

tout ce qu’il enregistre est absorbé par l’oubli.
Il perd la chronologie de cette vie.
Les repéres de son existence
se dérobent
Cette peur de la perte si inhérente à son être
trouve la voie de sa réalisation.
Ses sens se pétrifient
-corps dans son chaos-



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dimanche 20 mars 2011

domenica 20/03 /pj harvey down by the water



me suis réveillé à 5 h, me suis levé à 8h, j’appelais cet état faire la grâce matinée.
Des idées imprécises traversaient mon esprit et je crus bon de boire un café et de fumer une lucky strike pour mettre un bémol à mon hygiène de vie. J’étais entouré de livres que je ne lisais pas ou trop peu et en tous cas insuffisamment. Je savais pourtant leurs bienfaits. Ils étaient là, rangés négligemment sur des planches recouvertes d’un papier imprimé, illustré de galets. Livres sur une rive rêvée, une berge à 59 berges (et non une verge à...) parcourus du regard comme l’on regarde le cours d’une eau, une source : prometteuse.
Je ne reste qu’à la surface des choses. Je me contente de la surface de toutes choses, là est ma seule approche du monde. Même lorsque je me plonge dans un agir, lorsque je m’y emploie de longs moments voire des années comme ce temps en usine, sur des chantiers ou à écrire.
La surface uniquement la surface. Là réside une de mes failles ou plutôt là réside l’essence de mon être.
Je suis sans être.
Ce sentiment diffus d’inexistence colle à ma peau comme un tatouage aussi invisible qu’indélébile. Mon esprit se gondole. Dans l’ingénuité.
J’ai toujours regardé les gens bardés de certitudes avec curiosité. Un peu intimidé par cet aplomb qui tend leur édifice, un peu inquiet sur leurs devenirs en temps de séismes. Ne me suis jamais attardé auprès d’eux, sans mystére. J’ai rapidement compris que je faisais rire. Que ma présence pouvait susciter ces secousses du corps-esprit. Une histoire de nonchalance, d’asynchronie avec le présent, d’absence au monde. Les rires tracent aussi des estafilades. Mon enfance fut protégée comme on garde un secret. Fus immergée dans une drôle de folie. monde de femmes, monde de la double contrainte, du double langage, monde de la folie ordinaire dont les régles comme un non-dit vous réservent constantes surprises et cette insécurité devinée vous rend gourd, rêveur, déambulant dans un théatre d’ombres, variante du jeu de colin -maillard.
A trop être perdant, votre esprit tente de s’abstraire, tirer un trait. Mais le gout de la défaite avant le combat avait irradié le trèfonds de mon âme enfantine (tjs). Ne fus jamais un spartacus. Je dirais même que la notion de liberté n’effleure pas mon être. En même temps je suis epargné de ces discours guerriers qui mêlent la liberté à toutes les addictions. Une jeune fille sur fbk avait noté une phrase soulignant qu’en quelque sorte la liberté était avant tout un accord avec soi même. L’idée était séduisante mais gommait la part inconsciente qui guide nos vies. Tout comme l’assertion que notre liberté est de faire ce que l’on veut. Comble de la naïveté.
Je regarde la vie autour de moi dans mes activités d’aide-soignant et j’écoute les préceptes glissés dans cette idéologie du soin prônant l’autonomie des individus et suis toujours attéré devant la lanscinate méthode coué, déversée comme une lithurgie sans tenter de connaitre l’être qui vous fait face. Comme si la psychologie de la fin du 19 siècle était la pierre angulaire de notre humanité. Je n’ai pas la connaissance. Mais je n’ai surtout pas la certitude d’avoir la connaissance.
Le rock and roll fut une affirmation vitale en temps d’étroitesse d’esprit. On semble oublier que la ségrégation raciale régnait encore aux usa dans les années soixante.
Mais “le rock and roll” s’est aussi transformé en idéologie du consumérisme outrancier et de cette déperdition du sens des mots que les états majors du marketing ont mixé avec ardeur. Dans cette purée où tout s’équivaut, dans cette univers du tout marchandise, nous sommes de retour dans la jungle où la notion de progrès, voire de progrès humain s’est érodée pour laisser place aux temps des mutations.
Sur bfm,chaine de la tnt, un mickey chauve en bretelles, jouant journaliste sérieux nous vend la guerre brassant infos avant écrans de pub, itélé nous vend/vante images analogues. Pas la force de zapper sur tf1 et a2 à 12 h 12. J’éteins. Ai pris négligemment un livre entretien de w burroughs avec Daniel odier “le job”. J’ai feuilleté. Puis suis sorti déambuler dans la ville avant d’aller au cinéma, je veux dire au “sémaphore” (sans pop corn, les filles).RDV avec ken loach, “route irish”.
Un dimanche de plaisirs simples.

samedi 19 mars 2011

23 mai 1975 / Paolo Conte - Madeleine



la nonna aimait le duce : en cachette.
Je le découvris intempestivement le 23 mai 1975 quand dans les bras d’un être que j’aimais, une équipe de pandores nous braqua sans rete/nue, éventrant matelas, recensant jusqu’à la présence de sucre glace sur étagère.
Plaqué et menotté, j’entendis alors, la voix de la nonna dans la cour, s’époumonant, supportrice de la maréchaussée : “mon petit fils est un terroriste, mon petit fils est un terroriste”. Les effets de l’alcool n’expliquent pas tout. Ma grand mère garda ses secrets. Le duce n’en était pas l’unique. Oh elles étaient nombreuses, ces femmes qui vibraient pour mussolini, nombreuses à lui écrire leurs étranges passions et je garde en tête le souvenir d’”una giornata particolare”, ce film d’ettore scola de 1977, qui sur la complexité de ces temps, glissait la mise en perspective.
L’histoire du vingtième siècle fait la place belle à toutes les fascinations.
Celle du chef jalonne les rives des fleuves de sang dont ils sont la source. 
Il est surprenant de mesurer combien l’oubli de tout l’édifice pervers des tyrannies modernes fonctionne bien. 
Les fuhrers en question loin de résoudre des problèmes ont aiguisé leur narcissisme dans le meurtre de masse, les esclavages de tous ordres et des simagrées lamentables à l’aune de leurs névroses. Mais les foules (non le peuple) en redemandent. 
Elles ne demandent pas la justice, la liberté, la fin de cette exploitation inique du salariat, de ce vol organisé par les banques, les trusts, les maffia en tout genre. Elles ne s’insurgent pas contre les famines organisées, les pillages des ressources, ce business cynique des labos pharmaceutiques, toutes ces mascarades qui s’agitent sous nos regards toujours plus stupéfaits : dans la sidération.
Quand vient le temps des boucs-émissaires, juifs, roms, immigrés, jeunes, chomeurs quand les gouvernants se complaisent à flatter la veulerie des gens, quand les gouvernants criminalisent les révoltes, les revendications qui se font jour sur les délocalisations industrielles,les droits à l'éducation, à la santé il est temps d’entrer en résistance, il est temps de retrouver le chemin de l’histoire, de l’éthique en politique : de choisir son camp.

Non sono un' tosello, maddalena!
nemmeno un'arcobaleno
dopo la pioggia!


sempre straniero
uno solito straniero

jeudi 17 mars 2011

17 mars 2011/Percy Sledge - A Whiter Shade Of Pale (With Lyrics)



suis rentré vanné, ai machinalement pris une rondelle blanche de vitascorbol
et ma bouche s’est mise à pétiller, la salive semblait décupler de volume, je n’arrivais pas à avaler , j’ai croqué le cachet effervescent me disant que c’était ma seule issue et la vision des anges blancs aspirant le patient mal en point de la matinée s’est glissée en surimpression à ce dégout profond qui ne semblait plus trouver de fin. 
La posture philosophique s’impose souvent à mon être en déséquilibre quand le questionnement taraude mon esprit crédule d’un “y-a-t-il du-sens -à trouver : ici et maintenant.
J’ai porté mes pas sous la douche, l’eau comme un sablier inversé accélérait un “rewind” sur les derniéres heures passées, dans ce glissement de chambre en chambre, de malêtre en douleurs, d’inquiètudes en pure folie. 
La richesse de ce service est d’offrir le spectre large de l’âme humaine ; soignants et patients immergés qqs heures durant dans la même mélasse parfois à jouer à qui craquera le premier et dans ce théatre du réel, de l’improvisation pure, tenter de trouver une distance, une neutralité, une sonorité dans la voix et le geste qui vous dessine diaphane, impalpable mais présent et suffisamment efficace. 


Suis entré dans la chambre et ai trouvé la patiente assise, calme et nue, le pansement arraché posé négligemment sur son genou. Elle avait franchi les barrières de son lit et attendait. Elle avait le sourire, j’ai donc souri aussi, observant si sa jambe opérée n’était pas luxée. Je lui ai proposé sans mot dire la tenue hospitaliére qu’elle a repassé. N’ai pas cherché à savoir depuis quelle heure, elle attendait ainsi. Le besoin de garder mon énergie pour d’autres tâches. 
J’ai approché le plateau du petit déjeuner qu’une collégue apportait et ai préparé ses tartines, “deux sucres” m’a-t-elle précisé en m’indiquant les sachets et la remarque m’a amusé tant elle tombait comme une ponctuation toujours interrogative sur cet état étrange qui se profile dans la catégorie “alzheimer”.
Je n’avais pas le loisir de projeter des hypothéses. Nous étions un nouveau jour, à courir de chambre en chambre pour préparer les opérés du matin,toujours plus dépendants et à faire la toilette de ceux de la veille émergeant d'une nuit approximative. Et à 7 h 45, je ne devinais pas de la journée, tout le film.