vendredi 25 avril 2014

22/06





flux flou
la narration comme une adresse, une érosion 
de ce qui se détache dans l’instant 
de moi.
Gagner sa liberté sous le regard de l’autre, 

toujours un effeuillage de mots. 


Phréatiquement,  se frayer sans s’effrayer. 

Je suis fait de mes lectures et de sons 
qui m’ont cueilli à l’adolescence. 
On n’est pas trahi par ses lectures, 
on est crucifié par ses proches.
Je ne regrette rien. 

Si ce ne sont mes lâchetés et les blessures occasionnées. 

Mon sentiment de culpabilité est lucide et mesuré. 
I pay the bill.

Voulais être meilleur. 

Sans plus. 
Mais n’en fis pas une obsession. 
Fus plus exigeant envers les autres qu’envers moi-même. 
Ceci ne fut pas le moindre de mes défauts.
Par ingénuité, je réclamais un chèque en blanc. 

Par ingénuité.

« Etre aimé » ou « ne pas tuer »
 restent des injonctions idéales d’une signalétique virtuelle.
J’aime bien cette phrase et suis surpris 
de la voir surgir de mon esprit fixé sur un clavier.

J’ai collé sur mon front intérieur des post it de cet ordre.
Un peu sentencieux, un peu définitifs parfois charmants 

toujours dérisoires
Dans la fin des années 70, des phrases de William Burroughs me zébraient l'esprit.

-« comprenez bien ceci, je n’ai pas de motifs, j’agis à propos et j’agis automatiquement »-
-« le but de l’écriture est de faire arriver les choses »-
L’écriture comme champ d’existence, 
de constitution plus que d’expression. 
La parole écrite comme une érection, se hisser.
Loin du verbe je rampe. 
Une gravité en quête de centre.
 Je comprends que cette velléité à écrire ainsi
soit brocardée comme pusillanime voire narcissique. 
Cela certes me blesse et m’a toujours blessé. 
Il est rare de trouver sur sa route des esprits-corps 
qui vous entendent ou qui en résonance,
d’un sourire vous encouragent.
Je n’en ai pas manqué et n’ai pas su les entendre.
Le sésame à mon être pourrait avoir ce libellé :
-Chérie, si tu veux jouir, 

ne perds pas ton temps avec moi »-
Cervantés n’a pas murmuré à mon oreille son Don Quichotte mais Sancho en moi pensa
à ces châteaux en Espagne ou ailleurs.


Le premier qui dit que je suis un doux rêveur devrait compter le nombre de corps que j’ai lavé ces dernières années.


Je suis un amant hors père mais ne suis pas un père en or.
Celles qui m’ont essayé ne m’ont pas adopté
Fragilité de l’ai non sait.


Je suis philosémite par bon sens
épris des maux.

Lamma lamma Sabbactani
je ne gémirai pas maman dans mon dernier instant

j’ai peur de l’aphasie, de la souffrance aussi
les conneries je peux les dire sans morphine

j’aimerai bien que l’on lave mon corps au champagne
dans l’ultime toilette sans « prendre de gants ».

On dira de lui
-il préférait « les révoltés du Bounty à Mars attaque »-

je n’aime pas les gens qui rient des autres

-les écrits sans queue ni tête sortent des abattoirs-

mon rosaire est fait du seul prénom des êtres aimés

je ne passe jamais plus d’une demie heure au clavier
par mesure d’hygiène.

ma blessure est un vide du nom 
non un vide

samedi 12 avril 2014

12/04/2014




je crois
j’ai ce sentiment ancré
d’une solitude originelle
à fleur de peau
une connaissance puisée dans la matrice
que la vie serait danger.

Fus mis au monde par Suzanne Lavis : sage -femme à Marseille (livret de famille à l’appui).

Le mot danger n’existe pas dans le mental du baby born
Il y a probablement la violence de la lumière
le froid hors de la matrice
la pression soudaine des mains qui extirpent
les forceps pour certains
Le bruit, les sons les voix
Nous pouvons considérer que toute naissance est violence et danger.

je garde en tête la naissance de Venezia.
« Je sens la tête disait sa mère »
mes mains en guise de forceps

Même dans ce temps exceptionnel où
une femme arrive à contrôler son propre corps,
sa propre souffrance 
et où le foetus cherche sa liberté
forant de sa tête l’étroit passage
saisie par mes mains dont la bienveillance
était aussi étau
l’extrayant de sa matrice.
Et ce choc-rencontre
avec 
premier contact de son « nouveau-monde ».

Le cri primal
n’est pas qu’une simple transition respiratoire
vers ce monde extérieur
Il dit que vie et violence
sont consubstantiel à notre origine

Le foal sort de sa mère
roule à terre et
se dresse.

Humains, nous sommes plus démunis
tributaires, dépendant de l’autre.
Point de langage
Point de compréhension de ce qui advient
Au début la violence des balbutiements.

 Je dis violence car souvenons nous à l’âge de raison
la violence en nous d’une incompréhension.

J’ai mis du temps à comprendre
cette empathie en moi pour les êtres blessés
à l’origine.

Parfois entre nous s’est forgé ce langage muet
d’un toucher qui dit toute la vibration.

La jouissance n’est pas le fonctionnement d’organes en leur acmé

mais ce savoir atteint en tangence à l’autre
d’un partage et d’un pacte

mardi 8 avril 2014

8 avril 2014




8 avril 2014
mon esprit se délite et mon prénom de Pierre augure cet état.
Ai toujours écrit comme l’on tient une boussole.
Je regarde l’aiguille et ne cherche nul Nord ou Sud ou Est ou Ouest.
Le frétillement de l’aiguille suffit à m’apaiser.
Je vais vers l’oubli et cette idée depuis longtemps fait lit.
L’abus sans la coulpe
La coupe,  ne l’a bue
Il.
Un savoir à trouver en soi.
loin des mots menteurs
L’oubli peau lie ment
Ne plus savoir
de cette blessure
qui tenait la lame
et l’oubli
fleuve
être gagné par sa traversée
J’écoutais ce matin
James Ellroy parler de ce travail constant 

dans la fenêtre de son obsession, l’Amérique des années 50.
Cette idée de ne rien brader quitte à se coltiner une folie singulière me plaît.
Créer est un verbe à la résonance futuriste, une histoire de postérité. 
Une dimension qui ne me concerne pas.
Au quotidien ma pensée ferraille dans l'abstrait, dans ces bribes de l'histoire contée,
de mille voies. 
Là choisir son chemin. 
Je porte depuis mon éternité ce sentiment
d'être sans nom, a-nommé.
Quand la génitrice dit "je t'ai donné un nom",
parlant de son propre mariage.
Elle n'évoque que son propre trauma.
Être annexé à sa parole devient le votre.
Le mot dit fait parfois le maudit.

Ai porté leurs corps jusqu'au caveau
Cette histoire se clôt , cimetière du Clos
Le Cannet-Rocheville.
Je suis sensible
aux mots
Mon sens auditif en devint même tactile.
Ai tant de fois caressé le marbre al campo santo
pour rechercher du sens, enfant,
à cette distorsion faite au mot "partir".
Parti, son mari et grand-mère pleurait
Parti son frère, et grand-mère pleurait
Parti, sa fille et grand-mère pleurait
Et mourir restait l'innomé
Ai tant de fois caressé le marbre
faute de n'être
ou de ressusciter







lundi 31 mars 2014

9/6/13





La langue-langage fut ma mère. Elle fut le silence, un silence incompréhensible. Dans le paradoxe de l’énoncé se faufile le réel de la mise à l’écart : à la naissance. Je parle d’un temps que j’ignore. 
D’une histoire qui me reste méconnue. Je parle en toute subjectivité. D’une subjectivité bafouée. 
Je naquis dans le flux d’un entre deux langues. L’italienne et la française. 
L’une fut le lait, l’autre le fil. 
On omet de prendre la mesure de ce qui fonde l’histoire de chacun. Le fil narratif que l’entourage tisse et qui trame votre existence. Qui vous habille, qui vous habite. 
Nous sommes le discours narratif fait de la subjectivité des autres qui racontent l’origine de notre monde. Cela pourrait déjà nous alarmer sur la relativité de nos êtres. 
Je crois en la duplicité. Intentionnelle mais pas que. 
Tout récit contient cette duplicité. Dans sa crédulité et les certitudes qu’il assène. 
Un “je t’aime” 
rayonne toujours d’intentions multiples. Saisir le coefficient de spontanéité relève de l’art. 
J’étais un enfant crédule par nécessité. 
Les sonorités italiennes traçaient les impératifs catégoriques du “devoir”. 
La langue française m’offrait l’évasion.





Je n’ai pas de souvenir fondateur avec MJ. Pas de souvenirs d’enfance où j’ai pu l’appeler  “mère”. Je n’ai pas de souvenir où je puisse dire, “elle m’emmenait en bord de mer”, elle me racontait des histoires le soir. Je n’ai pas ces souvenirs qui inscrivent en moi un gout culinaire, littéraire, musical, un dire sur la vie, un enseignement sur les épreuves, un simple moment de plénitude à observer un crépuscule rougeoyant. Je n’ai même pas le souvenir d’une raclée.






9/6/13


suis à son chevet depuis 11 h. Sév est passée, il y a une heure. MJ flotte dans les effets de la morphine. Corps et visage très amaigris. Etats de conscience ténus.
Suis vidé, épuisé et c’est juste le moment où l’énergie m’est nécessaire. J’accompagne la fin de vie de celle qui m’a enfanté
Je ne sais que penser.
Le terme gâchis me vient en premier. Je pense à la folie, à la méchanceté et je suis détaché de tout cela. Un détachement relatif qui peut réfléchir sur le sujet. L’idée rousseauiste que nous naîtrions “bon” et que la société recomposerait chaque être me semble inadaptée. Nous naissons avec un potentiel d’énergie qui va être mis à mal par le réel. Notre esprit chétif, privé du langage et de connaissances est livré à un flot perceptif entre mémoire et oubli. Maelström garanti.
mon être est resté ficelé à une équation qui ne le concernait pas
-mère, c’est notre histoire qui meurt avec toi.
L’ombilic à ma peau comme une ultime trace occulte
rappelle le noeud gordien entre nous/double lien de folie
-mère, quoi de mieux que les mots écrits dans ce silence qui advient.
Mots sans réponse comme de tous temps, ils furent.
Là, en tangence, ils s’écrivent devant ton corps alité,
voyelles et consonnes vers le crépuscule.
Mère, nous allons nos chemins, l’histoire se termine.
Non sono un’Tosello, et plus votre secret. 
J’en ai joué chaque acte et j’écris le dernier.
Vous n’avez pas compris grand chose à l’esprit d’un enfant, 
étaient ce vos tourments?
Plus promptes aux mensonges, à l’esquive, au rejet.
Ta mère était la loi, tu n’étais pas Antigone.
-Mère, nous ne nous reverrons plus, en es tu apaisée?
La solitude qui te terrifiait me constitue.
-Mère, j’ai accompagné chacun de tes maris et ne connaîtrais pas mon père :
le paradoxe éclipse jusqu’à ta déraison.

-Mère, je n’ai pas de haine ni pour eux ni pour toi, quoique pour eux j’avais plutôt de la compassion.

-Mère, j’ai cru longtemps que tu étais servile mais tu étais rusée comme une enfant blessée
Surtout avec moi, tu fus rusée.
Mère, toi qui m’a enfanté crois tu que je sois un fils ou simplement celui qui fera cette dernière toilette, car là où nous allons, le seul mot est : poussière

mardi 11 mars 2014

10/3/14



à surfer l'existence de mes mots, j'avais trouvé dans la formule du blog, l'espace ideal pour mon esprit toujours perdu, un peu butineur, fatigable mais parfois éveillé concentré sur ce moi friable tant l'amer des Sargasses, cette mer dénuée de côtes, bordée de varech me faisait miroiter une matrice originelle si seyante à mon être en lambeaux.
Je vieillis. Mon énergie diminue, mes sens me trahissent et quand l'air à mes poumons se raréfie,  je suis rattrapé par les nuits sans sommeil d'une enfant que je veillais et mon impuissance d'hier à la voir haleter, ventoline à la main, dans cette scansion de mots chapelets : "pourquoi moi, jami, pourquoi moi"- "veux dormir" dormir" une heure un instant".

Le temps est un nappage passé-présent. Nous sommes plus que la mémoire  de nous-mêmes. Nous sommes la bande-son de tant d'errances. Ma focalisation sur mon vécu n'a rien d'étroit, d'égotiste. Il est tout sauf un enfermement, un nombrilisme cultivé. Il pointe même l'antipode. Un a-racinement, un état rhizome. Une a-filiation. suis perdu. Depuis l'origine. Sans comprendre, pouvoir comprendre combien cette perte était une chance. Nous naissons désarmé, a-culturé dans un état d'extrême fragilité et la naissance comme cataclysme nous propulse dans cet espace moins protecteur que la matrice où s'est peaufinée la gestation.
J'écris pour surnager, geste débridée.
 Il faudra accepter de sombrer.
Sombrer est le lot. Nous venons de l'eau et retournons à l'eau.
Nul drama, un constat. Je n'ai sur la vie que des questionnements. Nul savoir, nulle aspiration bien définie. Le bonheur n'a jamais était mon trip, ni la jouissance, ni l'appropriation et l'accumulation d'avoir.
 Mon langage a changé. La scansion est devenue brève. La concaténation des idées : aléatoires. Je garde en moi l'effondrement, la désagrégation.
L'usine recompose un langage, un univers. Comme la mort de l'être aimé recompose l'histoire de ce monde, la prégnance de ce monde, la signification.
Demosthéne lutta contre le bégaiement en mettant des pierres dans sa bouche. Ma bouche encombrée de sable sur la rive désertée. J'ai longtemps eu ce gout de sable qui me confia au silence. L'anomie est cette perte de sens. Etrange royaume.

Ma vie est devenue étrangement légère. Mais les mots ont changé de consistance. Je n'ai pas gagné en sagesse. Ma compréhension des choses de la vie sont devenues tactiles. Mon regard sur autrui n'a pas gagné en acuité. De ce point de vue j'opte pour le flou, laissant à l'autre le poids de son histoire, de ses actes et donc de ses dires.
Les deuils
sont pour chacun de précieux révélateurs. En fermant le caveau familial, le 18 juin 2013, je constatais que le corps de ma mère occupait l'ultime place. Le sentiment que ma place n'était pas parmi eux me dessina un sourire moqueur mais je ne savais trop si ces femmes et leurs hommes m'offraient un ultime clin d'oeil ou si la vie m'invitait à aller voir ailleurs. La mise à l'écart est un état premier réservé à mon être. Constat. Toute une enfance à arpenter ogni domenica ce "campo santo". Nettoyer le marbre, changer l'eau des fleurs putrescentes et tenir la main de la nonna, visage en larmes.
Je m'inquiète souvent du type de folie que je peux "offrir" à mes enfants en forme de transmission.
Un excès de liberté? Et peut être un sentiment irréfléchi que la quête d'un questionnement, d'une remise en cause, de puiser aux sources de la connaissance ne leur sont pas salutaires.
En refermant le marbre, ce jour-là s'est terminée mon histoire. Celle que d'autres avaient écrit pour moi, ce montage menteur où un "groupe" se fonde sur un faux témoignage pour vivre ensemble avec de faux sourires et haines contenues. Il faut dire, crier les folies tapies dans les cellules familiales, toutes ces rancoeurs. Nous demeurons mus par des inconscients aiguisés comme des couteaux et chacun prêt à sauver seulement sa peau. L'état de conscience est à conquérir. Mais c'est rarement compris comme un enjeu majeur.
Ma vie en couple avait explosé sans envol. Une méconnaissance mutuelle. Le quotidien avait laminé et le désir et la confiance. Les enfants avaient joué un rôle de ciment jusqu'au moment où la lézarde avait fendu le silence lourd. J'avais été bizarrement lucide et muet. Pourtant tout semblait si beau.
E la nave va

jeudi 2 janvier 2014

02 01 1955






il n'est de jour où je ne pense à toi, il n'est de jour où le vertige ne me vertèbre. il n'est de jour où le besoin de te parler  ne m'assaille. Parfois je porte la folie très loin à t'apercevoir dans des sourires d'enfants, dans leurs bravades, leur sérieux. Parfois je le saisis dans mes propres enfants qui ne sont pas ceux que nous aurions eu. Alors je les prends d'autant plus au sérieux que tes jeunes années coulent en moi comme un savoir si lucide sur les choses de la vie. Mes filles ont été nourries à l'aune de cette liberté qui traversait ton corps en urgence. J'ai peur pour elles bien sûr mais je sais que ce qu'elles acquièrent dans leurs jeunes années ne leur sera jamais oté. Qu'elles soient intrépides, gourmandes, inquiètes mais curieuses définitivement me convainc que la terreur qui m'habite depuis ton absence advenue ne m'a pas aveuglé. Je ne mythifie pas notre rencontre, 
je sais trop ce que nous avons vécu. Je sais où j'ai failli. 
Le nadir que j'habite sait aussi le zénith cotoyé. 
Il m'importe peut d'employer le verbe aimer entre nous. 
Je sais le lien, je sais l'alliance, je sais l'enfant que tu étais, 
la jeune femme que tu devins. A te vivre, 
j'appris la désappropriation et l'éphémére. 
Je garde des photos d'un temps que ton regard saisisssait. Toujours surpris, parfois amusé par cette passion qu'un garçon de la MJC de Cannes avait su susciter. Beaucoup de portraits d'enfants, de personnes âgées glânées dans une école de Rocheville ou ce bar au bas de la Fac de Carlone où tu venais me rejoindre. 
La guerre d'Indochine en toile de fond et cette affiche du Front de Solidarité Indochine 
comme une datation de ce qui a été.

Ce jour de janvier tu naquis.