jeudi 2 janvier 2014

02 01 1955






il n'est de jour où je ne pense à toi, il n'est de jour où le vertige ne me vertèbre. il n'est de jour où le besoin de te parler  ne m'assaille. Parfois je porte la folie très loin à t'apercevoir dans des sourires d'enfants, dans leurs bravades, leur sérieux. Parfois je le saisis dans mes propres enfants qui ne sont pas ceux que nous aurions eu. Alors je les prends d'autant plus au sérieux que tes jeunes années coulent en moi comme un savoir si lucide sur les choses de la vie. Mes filles ont été nourries à l'aune de cette liberté qui traversait ton corps en urgence. J'ai peur pour elles bien sûr mais je sais que ce qu'elles acquièrent dans leurs jeunes années ne leur sera jamais oté. Qu'elles soient intrépides, gourmandes, inquiètes mais curieuses définitivement me convainc que la terreur qui m'habite depuis ton absence advenue ne m'a pas aveuglé. Je ne mythifie pas notre rencontre, 
je sais trop ce que nous avons vécu. Je sais où j'ai failli. 
Le nadir que j'habite sait aussi le zénith cotoyé. 
Il m'importe peut d'employer le verbe aimer entre nous. 
Je sais le lien, je sais l'alliance, je sais l'enfant que tu étais, 
la jeune femme que tu devins. A te vivre, 
j'appris la désappropriation et l'éphémére. 
Je garde des photos d'un temps que ton regard saisisssait. Toujours surpris, parfois amusé par cette passion qu'un garçon de la MJC de Cannes avait su susciter. Beaucoup de portraits d'enfants, de personnes âgées glânées dans une école de Rocheville ou ce bar au bas de la Fac de Carlone où tu venais me rejoindre. 
La guerre d'Indochine en toile de fond et cette affiche du Front de Solidarité Indochine 
comme une datation de ce qui a été.

Ce jour de janvier tu naquis.







lundi 9 décembre 2013

9 décembre 13


Cigarette 2

Le 9 décembre. Ecrire pour rassembler son être en paraphrasant Ezra Pound. 
J’étais un être dépressif mais pas que. 
L’état de ce monde a de quoi nourrir la dépression. 

Je lis le dernier livre de Sorj Chalandon, -Le quatrième mur-. Chalandon, Kravetz restaient en mon esprit, ces plumes salutaires qui m’avaient aidé à passer la fin des années 70/80, à comprendre ce que devenait ce monde. 
Chalandon racontait l’Irlande, Kravetz, Israel et le Moyen Orient et Libé était leur quotidien. Le journalisme était devenu pour nombre de militants de 68, le nouveau mode d’expression. Chez certains ce fut une continuité mêlant témoignages et analyses, pour les autres une manière de se faire une place au soleil ou du moins de revisiter l’essor du monde marchant-d.
-Le quatrième mur- est un livre que je n’abandonne pas. Pas une question de suspens mais de densité, une question de souffle. J’avais besoin de souffle, faute de neurones. J’avais vécu dans un état larvaire, dans un état de néoténie. J’avais longtemps cherché un nom avec ingénuité. Le risible de la quête calligraphiait le non : originel. Le militantisme comme la religion offre sa fragile colonne vertébrale, il faut plus pour se tenir debout. En moi le doute éroda vite l’os-sature. Ne voulais pas souffrir, ne voulais pas payer le prix : d’un savoir. La connaissance, le travail intellectuel comme un effort : à fuir. 
Être épargné, Xray zébrant mon ADN. 

Cigarette 3


Être son historien et son barde, son archéologue, travailler sur le matériau brut de son être. En mesurer l’inanité, mais s'y tenir sans trop de rigueur, devinant le peu d’efficience de la démarche. 
J’ai toujours côtoyé des êtres blessés prises dans des étaux familialistes comme des mâchoires d’autant plus cruelles qu’inconscientes. Enfants sur l’autel. 
Je n’ai pas encore lu l’Antigone d’Anouilh. Le théâtre m’est longtemps resté étranger. Une forme de cécité ou d’un irreprésentable de la perspective, d’une vision 3 D à X personnages. Ne pas entendre des voix multiples. La scène,  une galaxie lointaine. Le cinéma me fut toujours plus familier que le théâtre. A rebours, je pressens une manière de tamiser le vital. Le théâtre résonne en moi comme une exacerbation du vivant.
Il me faut une cigarette.

lundi 2 décembre 2013

22/6/1952 2 décembre 2013





Rituel :
Ai allumé une clope préalablement roulée, ai inhalé, toussé et me suis installé au clavier.

Chapitre 1

Mon esprit est désert. Je suis dans un état -naissance. Je ne comprends rien à ce monde. J’observe les rapports sociaux et les êtres en relation sont comme ces arabesques d’abeilles en quête de pollen. D’incessantes translations et retour à la ruche. Plus violence, cynisme, grandes cruautés quels que soient les âges.  Mais pas que. L’oubli me fonde. Objectivement je ne devrais pas être si affirmatif. L’oubli semble me fonder. Je suis perdu. Devrai écrire. «Je» est perdu. Constat. Point n’est question de susciter moindre émotion. Un travail d’enquêteur. Des écrivains m’aident à vivre. Parmi eux, Ph.K. Dick , -substance mort-, Antonio Lobo Antunes, -mon nom est légion-. Inciter, mes enfants à lire est une stupidité. La lecture est avant tout une urgence, une nécessité. Une question de soif. Fin de la cigarette.
La lecture, en moi donne chair. Je perçois la vie de Dick, dans ses récits. Je comprends le monde d’Antunes, médecin, ayant traversé la guerre coloniale en Angola de 69 à 73 et enquêtant sur l’âme de ses contemporains, sur la sienne. Deviennent chers à mon être.
Je discutais brièvement avec une jeune collègue ce week-end. Nous discutions de nos masques, du besoin de garder le contrôle. J’apprécie ces moments de vie, mots-ment?
Le langage comme les mots écrits me tiennent en vie par curiosité. Mathématique. Nos êtres comme des abstractions dans nos tribulations.
Cigarette 2

mercredi 2 octobre 2013

05/12/2009 he was a friend of mine





j'avais écrit un jour de décembre 2009 dans le TGV
-aller à Paris, mais qu'elle est la destination réelle.
Nous avons parlé, hier soir au téléphone, des mots à l'essentiel, la vie, la mort sans la nommer. Recueillir les mots de l'autre, suspendus au dessus de la durée comme épitaphe sur la pierre.
Les mots n'ont pas le même poids selon le locuteur qui les prononce.
L'émotion nous étreint.
Nos échanges avaient/ont cette vibration sinusoïdale entre rires et gravité. La gravité se nourrissait de notre inscription dans l'histoire, de cet adoubement consenti à des valeurs inspirées d'anciens combats d'hommes et de femmes libres dans leur pensée, exonérés du religieux et de ce culte du veau d'or.
Une pensée peut être ancienne et juvénile quand elle s'immerge dans son temps, repense ses outils, ose d'autres chemins.
Le marxisme en tant que philosophie de l'action, arme de la critique avait en nous ce parfum. Elle était le scalpel et le sang. Sa gravité fut ce vaccin à ne pas renoncer à cette compréhension de ce monde, ses lignes de fractures, classes sociales, ère de la marchandisation des objets et des corps.
La théorie est grave quand elle se propose de mettre à nue le réel.
Et le rire fut toujours notre contrepoint.
Nous avons toujours ri de nous mêmes, de notre "don quichottisme", des trahisons et des défaites promises avant que les reflux de l'après Mai 68 engendrent tant d'imposteurs.
Nous n'avons pas été meilleurs que les générations qui nous avaient précédées et nous n'avions traversé nul conflit guerrier, nulle occupation avec son lot de crimes et de tortures et nos actions, nos vélléités de monde meilleur s'étaient délitées sous le seul assaut de l'argent facile, de cette "mondialisation" qui dopait les marchés dont celui de la came.
Nous avions admis nos défaites et Michel me disait qu'il allait vers sa mort.







vendredi 23 août 2013

14/06/2023 A-propos



je cherchais le sommeil ou des rêves anciens . Quant aux rêves éveillés, ils tissaient une légende que je tricotais comme une corde à arpenter. Funambule/somnambule glissant pas à pas sur le sujet-verbe-complément.
Ne vivons nous pas tous dans des mondes de légendes, des champs réifiés pour nos âmes inquiètes. L’histoire des peuples ou des individus s’épellent dans des écritures approximatives et chacun entonne l’hymne qui lui convient. J’étais un être ingénu, je l’avais été pour survivre au rejet, à cette toxine sans nom qui parcourait mon être, tous les capteurs de mon être dans cette état d’alerte qui irrigue tous nos pores -time after time.
Il n’était plus temps de l’inquiétude, il n’était plus temps de remords, de regrets. Les larmes d’aquarelle pouvaient sécher dans un lavis aux formes de Test de Rorschach. J’avais vécu 90 jours au chevet de celle qui était ma génitrice comme un temps précieux non pour la connaître ou la comprendre, peut être plus simplement pour laisser nos coeurs battre côte à côte au rythme de leur pulsation singulière. Sans illusion sur les rôles de chacun, sur les histoires de chacun, leurs épiphanies, leurs mensonges, leurs déroutes.
A l’extérieur de la chambre 330 du CHU de Nîmes, tour D, le monde vombrissait de fracas meurtriers, plus meurtriers.
Je n’étalonnais pas mon existence à l’aune d’autrui, à ses souffrances comme à ses bonheurs. Je prônais un exercice singulier de ma conscience à vivre dans ce monde au demeurant invivable. Un être entre dire et taire, s’essayant à un dire qui repousse le taire pour se hisser, permettre l’ascension à la station debout. Ne rampons nous pas dans nos translations laborieuses?
Un jour d’aout 1975, je perdis le langage. Je me tus. Un cataclysme remue votre langage, cette construction fragile de toute notre perception du monde. Un effondrement reste un effondrement. Il trame même une fondation radicalement nouvelle où l’”avant” se miroite avec constance  en tant que - fin du monde- advenu et son irréversible. Nous ne devenons pas plus fort marqué par nos épreuves. Nous survivons autre à nous mêmes, entamés, scarifiés, nos taires craquelés, rocs à vif et poussière, le sens des mots happé dans le ressac de ce qui est soustrait.
suis je né un 14 Juin
consonnes et voyelles dans un chant de sépultures.
J’avais donné.
-J’eusses aimé être un héros : à mes propre yeux-.
L’expression soulevait quelques ambiguïtés.
Il faut se méfier des expressions, des métaphores, de toutes ces formules langagières qui bornent nos êtres. L’héroïsme dans mon entendement tramait la tentative de démêler mes propres peurs de grain de sable sous les étoiles. Je me posais depuis l’origine une question simple : comment me tenir debout? Faute de tuteurs et aidé par l’oubli la question tournait en forme de ritournelle. Sarah Kofman avait écrit un très bel essai “Comment s’en sortir”
N’avais jamais été obsédé par le besoin d’écrire, d’être écrivain. Ai toujours été soucieux du langage, du sens des mots, des détours de nos langues. Je cherchais mon chemin dans les mots plus que dans le langage, une traversée buissonnière loin des écoles du dire. Mon esprit raisonnait par écho. Le NON DIT/le nom dit. Ces marquages offerts Rouge.

samedi 20 juillet 2013

juillet 2013



18 juillet
Je n'avais plus écrit, même pas tenté en ce mois de juillet et depuis ces quinze derniers jours pas le moindre mot ne s'était  érigé clignotant-sémaphore sur cet état catatonique.
Je laissais mon corps muet agir, se débattre entre une fatigue lancinante, une hypertension jugulée et cet impensé sur le "jour d'après".
Je n'étais pas retourné au cimetière mais j'occupais cette maison familiale à devoir "ranger" le dernier pan d'une histoire qui se clôturait. 
J'avais eu le temps d'appréhender ces moments et je constatais maintenant combien j'avais pu sous évaluer chaque grain du sablier. 
L'angoisse me submergeait. Je la laissais me gagner, imbiber tout mon être si bien qu'après quelques heures de présence en ce lieu, la seule certitude qui s'imposait me fit dire intérieurement  "tu as la libido à zéro ". Taire cet état eut été un dénis sur le pénis. 
Je ne cherchais ni confidente ni confident. S'épancher était une perte de temps, j'avais un peu moins de quinze jours pour tenter de raser la savane herbeuse qui avait gagné les 1200 m² du jardin et m'occuper des affaires des défunts. Je commençais par les affaires mais eus tôt fait de comprendre que le plus aisé était encore débroussailler le jardin même sous la canicule. 
Débroussailler au propre et au figuré prend du temps. Je retrouvais des lettres des années 50 qui dansaient en mon esprit tandis que la lame abattait les ronces. Je voyais les visages et les bouches prononcer les mots de cette saga secrète, ils disaient les difficultés de la vie, l'absence, la souffrance du deuil, ils disaient toutes les mesquineries de la vie au travail, les perms supprimées au soldat, jusqu'à cette raclée mémorable pour avoir arrosé la terrasse et détruit un cheval à bascule en papier mâché avec Patricia en voulant le laver. Ma tante avait écrit "il est bronzé comme un canaque" mais mon souvenir se bornait à mes fesses rougies. 
La quête identitaire me bouffait l'esprit dans un mitraillage incessant de pourquoi et la vie se déployait dans des états si dilués, chaque personne se débattait dans l'entrelacs de sa propre histoire. Les actes s'évaporaient avec le temps et les principes de responsabilité s'accommodaient de tout cela laissant à chacun sa manière de les vivre.
 C'était aussi cela "la théorie d'une relativité appliquée aux individus".
Je lisais «sunset park» de Paul Auster que mon ami Imor m’avait offert m’invitant sans insister à reprendre une thérapie. J’en éprouvais le besoin tant le chaos autour de moi et en moi avait épuré la topologie en une singulière ligne de failles. 
Jade m’avait rejoint en début de semaine pour des vacances «bizarres». Sa venue tira mon esprit de l’emprise du passé. Nos échanges me ramenaient au réel. A la question «me trouves tu chiant?», elle éradiqua le point d’interrogation d’un «oui» définitif. 

«Tu veux que nous soyons des enfants exceptionnelles, à étudier, apprendre 36 langues, ranger nos chambres, nous intéresser au jardin, faire le ménage pour aider séverine et bien sûr tu éructes sans cesse sans imaginer que nous ne sommes que des ados d’aujourd’hui». 
C’était clair, synthétique et précis. Je laissais les arguments s’agencer en mon esprit et reprenais le tri systématique de toutes ces affaires à me défaire. 
Je les alignais dans des sacs distinctifs pour être homologués par la déchetterie. Verre/papiers/textiles/fer/ alu. Je respectais le «chi fou mi» ultime. J’alternais avec efficacité rangements et désherbage, Jade assurait en cuisine entre roulé au nutella et tarte à la tomate. Mes pensées se mélangeaient de saveurs salées  sucrées avant que le corps s’offre poussières et sueurs. Mon inconscient guidait mes pas je terminais de vider l’appartement, le garage, la buanderie les fantômes s’agitaient autour de moi parfois j’étais pris d’éternuements allergiques et je plongeais ma tête sous l’eau comme contre feu. 
Nous allames à la plage en fin de journée et faire les soldes à cap 3000. C’était là un rituel auquel je ne pouvais pas déroger.