samedi 23 avril 2016

23 avril 2016 Un goût de myrtilles








Me suis réveillais avec un besoin de myrtilles, de ces tartines avec du bon pain que j'avalais dans une pension à Allos, emmené par ma tante dans ces vacances d'été où ma génitrice allait filer "parfait amour avec "son homme". Ma tante-elle ne me quittait jamais à tel point que la certitude s'était incrustée qu'elle fut "ma mère".
Pierrette était veuve de Claude et j'en avais déduit que mort était mon père. J'en étais fier.
En silence. Quand nous passions devant le monument aux morts où son nom était inscrit. Gendarme, tombé En mission au Maroc en 1955. Pierrette faisait une halte, brève et muette, je lisais les noms et revoyais cette photo d'un homme jeune aux cheveux bouclés comme : moi.
Un enfant a besoin de "croire" ou du moins d'une parole énonçant du sens. Devant ce monument aux morts sans rien dire je pris pour nom "Mahé", imaginant que dans ce "monde de femmes", ma grand-mère et ses deux filles, j'étais tellement aimé que les deux sœurs ayant épousé les deux frères, j'avais été basculé sur le couple existant : sécréte ment.
Pour m'épargner du deuil du père.
Elles avaient leur secret, je gardais le mien et serrais plus fort la main de ma mère quand les larmes affluaient à ses yeux et nous décollaient de la statue.
Quelques années plus tard, Pierrette se fiança et l'homme vint dans la maisonnée. Il comprit très vite qu'entre la mère et les filles régnaient rancunes, amertumes et enjeux. J'entrais dans ma treizième année quand je surpris une discussion entre ma grand-mère et lui autour d'un verre de rhum. Entendant  "le bâtard de marie-jeanne" , j'empoignais le balai en paille qui trônait devant la porte de la cave et dès qu'il sortit je le frappai au visage l'empêchant de gravir les trois marches tandis que la nonna gridava "mascalzone ".
Ce n'était jamais bon quand elle injuriait en italien.
Le soir j'eus droit au procès de "famille". Pierrette prit la parole. En ce temps, un enfant ne parlait pas à table sans être sollicité.
Elle me regarda et dit "pourquoi as tu frappé "Henri", c'est ainsi que le gonze se prénommait.
Je la fixais et éructais "il a dit "le bâtard de marie-jeanne". Ma colère rencontra un silence glacial. Les adultes se regardaient surpris et sans voix-e. Pierrette reprit la parole me demandant de m'excuser pour mon geste. Henri ne fanfaronnait plus, Ma grand mère regardait Marie-Jeanne d'un regard noir. Marcel fixait le ragoût dans son assiette, il n'était jamais très à l'aise quand l'électricité zébrait l'atmosphère. Je soutenais le regard de Pierrette ne comprenant plus pourquoi "ma mère" pouvait me blâmer devant une expression dont je ne saisissais pas tous les sens mais qui était une injure.
Je répondis tout de go "pourquoi a-t-il-dit "le bâtard de Marie-Jeanne"? Le silence devenait insupportable. Grand-mère trancha d'un "sors de table, va dans ta chambre". Je répétais en la regardant : "pourquoi a-t-il dit" , Pierrette se leva, exigeant que je la suive. Marie-Jeanne se taisait, Marcel se taisait, Henri se taisait. Je me levais. J'étais en taire ennemi. Je répétais "il a dit le..." Pierrette me tira par le poignet dans la chambre. Elle me demanda de m'asseoir sur la chaise du bureau. "Je te demande de t'excuser, Jami et tout rentrera dans l'ordre" ajouta-t-elle. Je la fixais et rétorquais "pourquoi a-t-il injurié Marie-Jeanne"?. Une grimace se forma à son visage, j'insistais "je m'excuserai quand vous me direz pourquoi il a dit -le bâtard de Marie-Jeanne". Elle vacilla. "Je vais aller habiter ailleurs" énonça-t-elle. Je ne comprenais pas. "Henri et moi, allons habiter ailleurs", la phrase me choqua comme un uppercut. Je la regardais, ma bouche émit " et moi?". "Toi, tu restes ici avec Madeleine, Marie-Jeanne et Marcel". La sanction résonnait en moi comme un chaos définitif. Elle ouvrit la porte pour annoncer sa décision à la tablée. Je restais cloué sur la chaise. Il n'était plus question ni d'explication ni d'excuses. La haine prit possession de moi, elle pellicula tout mon être. Ma tante fit ce qu'elle dit et alla vivre un kilométré plus loin. Ses problèmes dermatologiques furent diagnostiqués "cancer de la peau". Ma grand-mère alla la voir tous les jours et tous les jours elle vint me demander de l'accompagner. Je répétais comme une litanie : "pourquoi a-t-il dit "le bâtard de Marie-Jeanne". Sa réponse restait des larmes. Je refusais de l'accompagner. Quand elle devint une plaie ouverte nourrit de morphine, Madeleine me supplia de la suivre à son chevet, ma réponse fut "dimmi  perchè". Elle garda le silence, tous gardérent le silence. Quand son corps descendit dans le caveau Maddalena me murmura "un' giorno sapraï".
Le jour vint par hasard 10 ans plus tard. Ma tante n'était pas ma mère, Marcel n'était pas mon père.Henri était décédé,  Maddalena était morte avec ses secrets. "Le bâtard de Marie-Jeanne" n'était que moi.
Mon vrai nom ou du moins celui qui me sied le mieux fut prononcé dans les couloirs de la souffrance par ma philosophe préférée, 30 ans plus tard.
Tarnagas. etymologie-occitane.fr/?s=Tarnagas
Jean rit encore.
Le gôut de la myrtille ne m'a jamais abandonné.
Quand au plaisir on a goutté, il est vain d'y renoncer.
Je garde en mon esprit ce temps des guerres picrocholines où je me suis invité sans y être désiré. À ma manière, ai su y être cruel et naÏf autant que nigaud dans ce nid de faux-semblant.
La page est tournée.
 Médée ne m'aida point mais m'aima à sa manière.
Que j'eusse aimé être moins aimé.
Mon nom ne sera jamais "la chose nommée".
Prénommer ses enfants reste pour moi "un veux" pieux et un gôut de myrtille retrouvé.

mardi 5 janvier 2016

23 décembre 2015




Je m'étais couché tôt vers 23 h 30 et quatre heures plus tard je fus tiré du sommeil par la voix de "grand-père" qui me murmurait "é strano di esser ucciso daï suoï". Je ne rêvais que de dormir et je sentais l'hypertension me rappelait sa musique dans mes veines. La contrariété d'être réveillé m'incita à écrire la phrase sur un carnet. Je luttais pour me rendormir pensant à la journée qui m'attendait, trouver des cadeaux, faire des courses, l'après midi à la clinique, l'hypertension taraudait maintenant mes pensées songeant à ce grand-père que je n'avais jamais connu et dont je ne savais que les causes de son décès.

jeudi 15 octobre 2015

n'ombre premier




J'essaie sans grande subtilité et encore moins de réussite d'inciter Jade à se familiariser avec les mathématiques . Ne pas se braquer sur l'aridité de ce domaine si abstrait, écouter son étrange musique.
Jade sourit, style -vas y, vends moi ta salade, cause toujours tandis que l'écran de son iPad miroite "game of throne" ou quelqu'autre série. Je me surprends à tant de hardiesse tant je n'avais trop rien tenté avec Venezia, son aînée.
Opter pour la posture "père cool", -pas d'a priori, pas de religion imposée, tu découvres par toi-même, tu grandis au feeling de tes émois, de tes tocades, le plaisir au poste de commande étant finalement pour moi moins une option idéologique qu'un laisser-aller en forme de démission ou d'émission d'un message plus subtil afin d'apprendre à discerner, à ne pas se fixer sur tant d'a-priori.
Nos vies sont faites de réajustements

Être père et pédagogue n'est pas gagné.
Je n'étais pas pédagogue. J'aurais pu l'être tant j'avais en mémoire mes questionnements adolescents, mes révoltes, mes émois. En mon esprit être pédagogue requerrait une image de soi un peu construite là où mes doutes primordiaux demeuraient.
Je m'étais retrouvé père et déjà cela relevait pour moi d'un miracle, d'un impensé. Cela avait été tardif et soudain. On n'est pas père seul, ni mère seule.
Même dans ma grande naïveté et dans mon inculture, ces notions de père et de mère se définissaient par l'existence de l'enfant.
Je suis un enfant sans père ou plutôt sans père connu et un père caché et le sceau d'un impair, avec des femmes nourricières, je suis un enfant sans nom ou cent noms, Jamie, Giovanni, né Tosello, Mahé, Mahé-Tosello.
J'en connais un bout sur la famille, l'intérieur de la famille, les enjeux, les jeux de rôle et de pouvoirs, les noeuds gordiens, les entrelacs, le langage, le double langage, le double bind, le sucré, le salé, l'amertume, la fluctuation de ce pH acide/base.
La grande escroquerie intellectuelle et idéologique de chaque époque est la mise en norme. Le discours idéologique court après le tumulte de la vie tentant avec un temps toujours de retard de la définir pour ne pas dire la juguler.
En cela les discours religieux sont experts.
En fermant les paupières de "mon clan familial", -je veux dire de chaque membre-, j'ai acquis la conviction que je n'avais jamais été un fils.
Enfant reconnaissant, j'avais couru après une reconnaissance qui ne pouvait être entendue.
Dans ce clan, j'étais avant tout une fonction non un je. J'aurai pu avoir une passion pour les maths,  ce fut seulement une appréhension. Ma fonction était d'être -un ciment- pour le clan avant que tout ne craqu'elles.
Je me lézardais. À l'adolescence.
Je refusais l'affiliation. Un re fut. Pas une rupture, faute d'inspiration, une disparition, choisir l'écart, une mise à distance.
L'enfant croie en l'omniscience de l'adulte souvent bien démuni. Du moins il veut croire. Toute croyance renvoie à ce besoin premier de sécurité
Je me croyais victime et c'était plus compliqué. Il y a le mot "famille" et il y a des membres démembrés avec leur inconscient, leur blessure, leur faim, leur monde et souvent chez ces adultes, ce tissu de certitudes qui mutilent et le m dit un amour déshydraté, inutile.
J'ai eu la chance d'appeler "père", un beau père en fin de vie.
De lui dire, -je te choisis- et de l'entendre m'appeler -fils-. Ce choix, ce premier choix à 41 ans m'a ouvert le chemin de la paternité deux ans plus tard. Enfin c'est ce que je veux croire.
L'enfant vous fait père et mère là où il n'y avait que les étreintes, langage approximatif des amours naissantes.
Les géniteurs éclosent aussi. Se métamorphosent dans des devenirs en gestation
Pour la femme cet advenir est palpable. Pour l'homme c'est avant tout une question de mémoire, de retour sur l'enfant qu'il était .
L'enfant adoube l'adulte, les adultes à des devenirs non soupçonnés. Il ouvre cette autre voie de leur relation par sa simple présence. L'exemple édifiant est cette revendication des couples homosexuels à fonder leur amour, à vérifier leur amour par la présence de l'enfant. Cet être Parent comme un être en amour. Louable exigence, louable croyance. C'était ce que je voulais croire. Là où commence une relation se profile l'univers "mathématiques". Ce questionnement qui me travaillait ne travaillait pas l'enfant. En un sens d'en être exonéré était une victoire mutuelle quoique  antithétique. L'enfant cherchait son envol dans un autre espace et cela était heureux. La sphère dont j'étais issue me faisait un vain sysiphe tirant la caillasse. Je poursuivais ma quête dans l'ab-strait et gardais sur ma table de chevet momentanée "les nombres premiers", un long chemin vers l'infini d'Enrique Graciàn. La spéléologie intérieure avait besoin d'éclairage. -i put a spell on me-



samedi 8 août 2015

7 aout


j'ai sorti deux photos de mon porte-feuille et j'ai ouvert les fenêtres en grand donnant sur le jardin. Il était 6 heures du matin. La brise s'engouffra. 
Cela fait quarante ans que je les garde au plus près de moi, comme le bien le plus précieux. Je ne les regarde pas. Elles sont avec moi. Ce ne sont pas des photos. ce sont des blocs de temporalité comme un bloc géologique superposant des tranches fossiles d'une époque, sédiments de rires et de larmes, de luttes et de deuil. Deux clichés, dont un découpé dans le journal « Rouge », chronique du décès, datation 7 aout 1975, l'autre photomaton hâtif 71/72 graffité au verso d'un "je t'aime...! Longtemps….! ». Deux clichés dénichés après la tempête dans le ressac où je me terrais.
Tout était saccagé : dans mon esprit. 
Je devins silencieux. L’usine favorisa le silence. La mécanique des tâches asservissant mon corps éroda les pensées savamment tissées dans mes jeunes années. A la sortie de ce taff, je m’enfermais au rez de chaussée de la maison des « Tosello », la nonna tapait à la porte « tu es 

rentrée », vers 23 H Jacqueline apparaissait, la chevelure blanchie en quelques semaines, je nous remplissais des verres qui ne nous brulaient pas assez. La mère parlait au présent  du passé. J’écoutais cette femme invoquer son enfant que j’avais si mal aimé. Quand la nuit gagnait le jour nouveau, elle se retirait. Je l’accompagnais jusqu’au portail. Elle me serrait contre elle et murmurait « tu ne vas pas faire de bêtises ». Je restais sans voix et la regardais s’éloigner arpentant la rue, se retournant tout les cinquante mètres, agitant la main comme une ultime caresse. A 5 h je pointais à nouveau. Trois années s’écoulèrent , ma grand mère mourut, je quittais l’usine, les clichés dans la poche. Quand j’ouvrais mon portefeuille, ils me regardaient. C’étaient leur fonction. Offrir un regard distancier. Rien à voir avec de la nostalgie. Il ne serait jamais question de mettre à distance cette douleur. Je vécus, survécus comme un automate, aimés par de jeunes femmes bienveillantes qui cherchaient à me sauver de moi-même, vainement. M’invitèrent à écrire. J’évitais sans prétexte. Le cataclysme n’était qu’en moi. Parfois je questionnais les clichés. Ils répondaient « tu as failli dès ma mort programmée ». C’était si vrai. erreur irrémissible
juillet 72, l’hopital Pasteur dix jours de coma après une crise d’asthme, 30 jours de convalescence et l’avis médical comme une guillotine. Me souviens combien la peur m’avait saisi et combien la faim de vivre l’avait gagnée. Fut exilée six mois en sanatorium à Briançon.

Le 7 aout 1975
Elle mourut.

Quarante ans ce sont écoulées, j’ai une fille de 20 ans, une autre de 15. 
Je pense à toi Pat en les observant. 
Je pense à la précocité de certains êtres dans les épreuves de la vie. Je pense à l’énergie, à la consumation, je pense à cette épiphanie des corps quand le plaisir rencontre, je pense à la jubilation, je pense à ta jeunesse et à ta mort .
Quand la peur m’a abandonné, quand les enfants sont nés, je me suis dit qu’il fallait les préparer, les alléger de cette culpabilité qui suinte du langage, des convenances, de la vulgaire vulgate religieuse, qu’elles cherchent leur chemin avec la pertinence de leur jeune savoir, qu’elles aient confiance en elle, en leur désir, qu’elles s’avancent à leur rythme sans a priori, hors des conformismes de toutes sortes, des impératifs grégaires à faire comme « les autres ».
J’ai deux enfants. 
Je les ai eues à 43 et 48 ans, leur mère est une femme décidée, pulpeuse et matérialiste, que je n’ai probablement pas su aimer. Aussi.

Deux comme ce que nous aurions dû avoir s’il ne t’avait pas fallue avorter en 1971. 
Clandestinement, hors la loi de 16 ans, bravant la cupidité et le moralisme de certains médecins d’alors. 
Ma mémoire est vive de cet été 1971. 

« étrange est la vie » mais nous ne faisions pas de rêves. 

Jade me dit qu’il ne faut rien regretter sous peine de souffrir doublement. 
Elle ignore combien tu faisais tien ce théorème mais elle sait 
combien il m’en coûte de ne l’avoir pas assimilé.




lundi 22 juin 2015

today is another day 22 06 2015



me suis levé 6 heures avant ma naissance, j'ai toujours cherché à anticiper.
J'avais mes raisons, une histoire de mauvaises vibrations. Ce matin, tôt, m'est revenu à l'esprit un article de newsweek où un "neurologue", le docteur Alexander expliquait son expérience post-mortem momentanée. Donc le mec, il est neurologue, cela assure pour son récit, il s'offre un séjour dans ce qu'il nomme "l'au de là" suite à une méningite bactérienne. Un coma de sept jours pour faire le tour de la question et visiter la contrée où nous allons tous allés.
Je suspend le suspens pour les futurs migrants, il n'y aura pas de tempête, l'achéron n'est pas la méditerranée, vous ne serez pas bloqués dans un Menton quelconque faute de papiers. Vous allez, nous allons vogué dans le" tout amour".
Je mets un bémol en ces temps triple X. Ne vous imaginez ni gang bang, ni threesome, ni vos fantasmes les plus indicibles comme "tenir la main de la sainte vierge". Nous sommes dans l'immatérialité, un genre de sirop sans danger pour diabétique où les "âmes convolent".
En lisant l'article me suis dit "c'est de la bombe", c'est une invitation au suicide de masse, une revisitation de ce conte de grimm, le flutiste de Hamelin dont le son mélodieux entrainait les rats qui infestaient la ville à se noyer dans la Weser. Mais jusqu'à présent les effets se font attendre. Les seuls morts groupés ces derniers temps aux USA sont encore dûs à la folie raciste d'un post pubère fasciste. Et dire que ce merdeux ignore qu'il est destiné lui aussi à voguer pour l'éternité tout contre "les âmes de ceux qu'il a tué". L'amour vâche.
Mais revenons à moi-même. Je disais que je me suis éveillé six heures avant ma naissance avec ce souvenir qu'il me fallait à tout prix sortir de la matrice, le placenta avait un gout acide et pas lysergique et déjà un goût de paranoÏa me gagnait : "que fais tu là, que foetus là" disait la bad vibration, a-Sid,  j'anticipais l'âge de glace,  A-mére, la saveur du réel. Evitant l'aiguille à tricoter, je tempêtais pour voir l'issue ce jour de juin 1952 vers 11 h  30, et c'était un dimanche au moment où dans les églises romaines s'entendaient la locution latine "ITAE MISSA EST".
Je suis pas neurologue, ni gynécologue, quoique mes mains aient accompagné la sortie de Venezia du corps de sa mère (la symbolique n'a d'effets que sur moi) mais je peux dire que le voyage de ces 63 années a bien été pour ma pomme une quête éperdue avec le verbe "aimer". Je l'ai conjugué à tous les temps avec une préférence pour le présent et j'en conviens avec difficulté. J'aime, j'aime l'huile d'olive que me forçait à avaler "mémé Chaillou" prétextant que le chocolat de ma grand mère me donnait de l'eczéma, j'aime le nom de mahé "qui me fut donné" même s'il demeure un prête nom, j'aime gambader dans ce jardin gagner par les herbes hautes qui me filent des démangeaisons encore aujourd'hui et je ne gambade plus, j'aime ces moments d'enfances où j'allais jeté les graines aux poules que grand-mère allait zigouiller pour le plat de viande du dimanche. J'aime ces souvenirs de vacances torrides avec ami d'enfance et découvertes de l'émoi dans nos corps et lui sculpté comme un dieu grec. J'aime la saveur de ces flirts avec mon initiatrice, ma cadette de trois ans, qui me guida dans la transe, dans l'amour, qui m'apprit le prix de l'amour et la peur de la perdre quand la perte est le sans retour et ses dix jours de coma à l'hopital pasteur de Nice. J'aime ces femmes-enfant qui me recueillirent hagard, livide se donnèrent corps et âme sans attendre en retour du zombie advenu. J'aime ces jeunes femmes qui voulurent croire en "mes potentialités littéraires" et me laissèrent butiner et jouer au Turf pour le meilleur et pour l'Epire. Grâce à leur grâce antique. J'aime celle qui née un 26 juin me fit père de nos enfants pour des raisons la dépassant et nous fûmes dépassés. J'aime cette irruption vitale nommée Venezia, enfant désormais femme jeune et déterminée, meilleure que son géniteur mais pas forcément plus tétue. J'aime ma conscience à l'aube de sa vie prénommée Jade, inclassable et touche à tout, curieuse,  esthète, gourmande, agile, osant se dépasser, domaine où son géniteur n'a jamais excellé. J'aime cette notion de moments-années qui zèbre ma conscience lacunaire. Je vis au présent avec des êtres aimés au cours de ces 63 années. Je suis fait de leur rencontre. Je les porte en moi, légèrement. Adolescent, déjà initié à ce que mourir signifiait, j'imaginais l'âme des morts dans cet ailleurs comme un regard constant pointé sur mes tribulations. j'en ris souvent : intérieurement. Cela ne m'a jamais dissuadé de cet exercice solitaire et bienfaisant que chantait Léo Ferré "Onanisme torché au papier de Hollande "(rien à voir avec flanby). Ce qui épris n'est plus apprendre dit Lao Tseu (traduction personnelle). Aimer comme respirer. Avaler tout. impossible de choisir parmi les particules fines, ceci dit parfois un moment d'apnée peut être salutaire.
Je vieillis bien.
J'ai moins peur. Six ans en chir D, cela forme. La vie, la mort et dans l'entre deux, plein de variantes de souffrances, de résurrections, de jeunes êtres qui s'activent avec leur savoir-faire, leur vie à taire, leur énergie no limit, parfois j'égrene leurs prénoms comme un rosaire, parfois j'en oublie. Je les vois dans mon oeil entonnoir, je recueille, je m'abreuve. Je n'ai aucun savoir tangible, ma mémoire travaille à effacer pour m'aider à vivre un jour de plus. Une variante de l'alzheimer qui est là positive. Je semble naître à la vie à chaque aube nouvelle. Curiosité post Juillet 2002, il m'arrivait alors de m'éveiller et de découvrir ma vue mononucléique.
Ma tête se tournait alors vers la droite et la gauche pour découvrir son nouveau champ visuel. Je m'alphabétisais. Les questions de la veille revenaient, comment allais je m'acclimater, comment allais je travailler, conduire, me mouvoir, comment allais je embrasser. Là j'étais dispensé.
Virginie Henderson que je ne connais pas lista mes 14 besoins sans que je le lui demande. Générosité de l'Ange. Aimer en serait la synthése et la difficulté aussi. Il est en effet préférable que la check-list soit au mieux. Mais l'esprit-corps humain est capable de se dépasser. Je me souviens de franches rigolades avec Léo dit barco dit Michel à propos d'un film des Monty Python "Sacré Graal",



nous étions dans sa chambre à Rueil-malmaison, soins palliatifs, la tumeur avait amoindri son équilibre et le borgne guidait le brinquebalant dans le jardin, sa perspective était plus réduite que la mienne, il en riait et je ne sais pourquoi il s'exclama "le chevalier noir, tu te souviens du chevalier noir" nous nous regardames et le cri jaillit de nos bouches "Lâche". nous étions dans la forêt, la mort s'avançait, elle l'avait touché au bras, à la jambe et Barco l'invectivait en riant jusqu'aux larmes. Aimer est le verbe. Je vis de ces moments, de tous ces moments qui jalonnent ma vie. L'improbable et l'inattendu c'est cela que je me suis efforcé d'atteindre et qui me constitue.
Les avoir vacillent, les êtres nous comblent nous laissent entrevoir l'au de là de nous-mêmes, ce flux qui nous trame en relation. Nous sommes singulier et pluriel, originaux et mêlés.
Etrange est la vie à qui cherche du sens comme l'obsessionnel que je demeure. Mezzo mato forse non mezzo.
 Une femme née un 26 juin accompagne mon existence et son doux prénom de Patricia.
Le docteur Alexander est revenu de son escapade. Son cerveau à nouveau fonctionnel retranscrit ses visions hallucinées. Le neurologue patenté, expert en encéphale et en cartographie de nos émotions doit encore cogiter. Son expérience était loin du coma dépassé. La notion d'âme reste à explorer. Je me souviens à ce propos du 19 février 1993, dans une chambre de la clinique "Plein Ciel" (je n'invente pas) de cet ultime épisode où mon "père-beau" après une nuit agitée par des aspirations successives pour dégager ses voies respiratoires rendit "l'âme".
Deux anges lui faisaient la toilette, son corps parchemin respirait avec l'aide du dernier poumon et la délicatesse de ces femmes accompagnérent ses ultimes bouffées d'air. Il fit une apnée longue et repris l'air dans un râle, l'ange qui tentait de lui prendre le pouls sursauta, recula, se rapprocha, me regarda, reprit le pouls à la carotide et du regard me fit comprendre. Je fermais ses paupières. Les anges allérent voir leur infirmière.En regardant Marcel je sentis un vide en moi se faire, un vide sans nom, je lui pris la main, je me mis à balbutier "ô père, qui n'est pas mon père, je te choisis. Je m'accrochais à sa main mes yeux se vidaient de larmes, je reniflais, dégageais ma main de la sienne pou éponger mon visage et machinalement me tournais vers la fenêtre pour l'ouvrir. L'infirmière entra, c'était une grande fille du Nord, une "chti", elle l'avait suivi tout le séjour, elle chantait pour lui en italien croyant qu'il comprenait par ce qu'elle m'avait surpris à murmurer à des amis dans cette langue. Je la regardais et ma voix prononça "ho aperto per la sua anima che se ne va" et les larmes coulérent sur nos visages.









mercredi 17 juin 2015

fin des années 50-temps de guère/guerre

je retrouve des lettres dans le capharnaum de la maisonnée. Elles éclairent les pans imprécis de mon histoire et m'éclairent sur mes proches. Sur ce monde de femmes qui était mon environnement.
Pierrette écrit à Marcel en ce 25 juillet, elle omet l'année. Nous sommes en pleine guerre d'Algérie. A cette date, elle a à peine plus de 26 ans. Elle est veuve. Claude, son mari, gendarme stationné au Maroc vient d'être tué en mission. Elle vient de déménager d'orange où le couple résidait à la caserne pour revenir vivre auprès de sa mère, ma grand-mère. Marcel, frère cadet de Claude est soldat quelque part en Algérie. Il attend son rapatriement en France du fait du décès de son frère au combat. Il lui a été refusé. "C'est tout simplement odieux " écrit Pierrette.
L'écriture de Pierrette est douce comme sa peau comme ses souvenirs que j'ai de son visage. C'est en mon esprit, l'italienne de la retenue, de la tendresse, de la sollicitude, de cette attention à l'autre. Elle est dans le trauma qui lui vaudra un cancer généralisé mais elle ne pleure pas sur elle. La mort du mari et du frère est indirectement évoquée. Dans le clan, Pierrette est la Madonne double face, Marie-Jeanne la fourmi culpabilisée, la nonna, une Médée pièmontaise dont la force intérieure était inversement proportionnelle à sa taille.
J'établis la date à l'été 1958, je viens d'avoir 6 ans, Patricia a 3 ans et demi, Alain 7ans. Je me souviens de la raclée, "je suis le canaque" que "mémée Tosello" a rossé pour l'exemple.
Elle écrit à "son vieux frère" qui est en fait plus jeune qu'elle et dépeint un moment de vie dans ce coin de métropole où la guerre se résume à des graffitis de l'OAS sur les murs du village.
Je vais planter du jasmin dans un recoin du terrain, je le laisserai s'épanouir pour que ses effluves, peut être, me rappellent. Madeleine proustienne.
Maddalena era il cognome della nonna.















dimanche 14 juin 2015

14juin 2015




le 13-06 devait être un bad day..
Un geste a suffi malheureux et imprécis à vouloir ne pas respecter les règles.
Se laver les mains, les sécher, prendre le petit miroir, ouvrir l'étui à lentille, le reposer sur la table
verser le liquide " menicare plus" ds la paume de la main gauche prendre la lentille rigide de la main droite, veiller à ce qu'elle baigne bien dans le produit de pose et la porter délicatement vers l'orbite droite.
ai du passer une bonne heure à quatre pattes et une autre à fouiller les tiroirs avoisinants.
Nada. Perdue. Chacun a ses cold case.
De porter des lentilles depuis mars 1974 m'a appris à me détacher de ces "petits problèmes" de pose, de perte, de poussière dans les yeux par  temps venteux ou dans le moindre courant d'air.
J'ai beau être zen, j'avais les glands.
 Me suis mis à modifier mon planning du jour, je n'aime pas travailler sans lentille, surtout sur un échafaudage. Je me suis rabattu sur cette logistique du quotidien, courses, ménages, cherchant les activités qui ne solliciteraient pas trop ma vue. Me suis mis à gamberger sur cette économie du geste devant un handicap.
Chez moi la crainte irrationnelle de la cécité m'a incité à une vie de solitude. Ne pas être dépendant d'autrui. Vivre avec quelqu'un qui ne vous aime pas avec cette menace d'être l'aveugle du couple, non très peu pour moi. Il y a longtemps que j'ai rédigé mes directives anticipées.
Il est vrai que je peux être chiant à vivre.
Je ne suis pas un hédoniste, j'aime bien laper de l'Orvieto sur le corps de l'être aimé, voire du Jurançon faute d'Orvieto et déguster la bouteille par temps de solitude. Je garde des visions enchanteresses pour tenir le reste de mes hivers. J'aime quand on me laisse son numéro de téléphone, quand on tape à ma porte avec une bouteille et deux verres ou des fruits qui deviennent de la passion, j'aime aussi un rendez vous avec un livre pour la simple lecture d'un chapitre. Je suis partant pour une virée à Bellagio et les rives du lac de Côme à arpenter les jardins de la villa Carlotta. Je n'aime pas que l'on m'assène que je ne pense qu'à "baiser" mettant dans l'intonation de viles pensées alors que l'amour peut être autant sauvage que délicat tant  il est a-moral.
Je ne suis pas un hédoniste par ce que je ne crois pas suffisamment au plaisir de la vie et qu'il ne m'est pas possible d'être un jouisseur dans ce monde à gerber. Je laisse cela aux autres, dandys de toutes sortes ou gens bien éduqués qui peuvent s'en accommoder.
Je ne suis pas un donneur de leçons, encore moins avec "mes" (au sens de mes responsabilités") enfants.
D'idéologie, je deviens une sorte d'anarchiste comptable de mes actes. Un anarchiste -bienveillant-. Homologué par mon directeur des soins. J'aime bien les travaux de la terre sans pour autant être un prêtre de l'écologie. Je cultive tant bien que mal ce lopin de terre et je devine la galère de l'agriculteur en voyant le désastre d'une récolte niquée par un orage. Je me dis que ce n'est pas ma vie mais que j'ai un travail à terminer.
Je n'aime pas la vulgarité et l'utilisation dénaturée des mots -con- pute-putain-enculé
Le terme con signifie le sexe féminin dans la même famille : cunilingus. De la nécessité du latin.
Les mots pute, putain jetés  constamment en pâture devraient interpeler  chacun sur ses propres moments à en être, un ou une. Ceci dit, il m'arrive de m'écrier "putain de vue".
Le mot enculé pour injurier un tiers devrait inciter le locuteur à une réflexion plus approfondie sur la fonction du sphincter et sa zone érogéne. Il est vrai qu'en un temps où il est bon de faire guerrier et de faire du viol une arme de destruction, cela dessine une posture moderne.
En cueillant de petites oranges amères sur ces arbres que je n'ai pas vu pousser, je me suis rendu compte que pour atteindre  le fruit il fallait éviter les branches épineuses. C'est là que j'ai crié "putain de vue". Du coup j'ai pris un sécateur pour élaguer les branches mortes et cruelles.
Je deviens un vieux, irascible et malvoyant et il n'est pas dit que je donne les qualificatifs dans l'ordre.
J'aime bien richard Brautigan et j'aime bien Allen Ginsberg et j'aime bien me pencher sur les faits du quotidien, celui que je connais le mieux, le mien. De ginsberg, j'ai retenu l'assertion de rester fidèle à sa parole, à son authenticité, si elle est authentique même brute. Les gens qui ont une calculette dans leur cortex pour évaluer un acte de la vie m'indiffèrent. Le mot "utile" est le terme le plus galvaudé, le plus mystifiant, le plus castrateur. Il m'a été inculqué et je pense mou comme on dit -il bande mou-.
Les êtres que j'apprécie ne m'apprécient pas.
On me prête des  vies, des dires, des actes fantasmés. Et chacun va de son tricot maille à l'endroit maille à l'envers. J'ai choisi de ne pas  dissuader, de faire un simple pas de côté, hors de portée.. Dans le milieu des années 70, Joseph Losey réalisa un très beau film sur un tout autre sujet Mr Klein et en ce 14 juin je vais me le repasser.