vendredi 1 avril 2011

1/04/Cendrillon après minuit - Stephan Eicher




fus assailli par des visions incendiaires, le type de visions qui deviennent incessantes questions au point de vous ouvrir les paupières, histoire de vous tirer du sommeil. L’avantage du borgne est de tenter de poursuivre la nuit côté aveugle, las de ce côté là l’écran de mes pensées est en 3 D. C’est étonnant d’ailleurs, je me souviens des premiers temps, cette privation d’un voir, jusqu’au moindre fil de clarté et en se concentrant sans trop paniquer, prendre conscience d’une rémanence d’images kaléidoscopiques, colorées, bigarrées et surtout non controlées comme un flux diffus délivrant son message incompréhensible.
Mais revenons à cette nuit d’insomnie. Les pensées étaient légions assaillant mon esprit d’images embryonnaires, surgissements d’instants, mitraillage de simples phrases. Mais les légions, cette fois encore ne se satisfaisaient pas d’attaquer la tête, elles pilonnaient l’estomac m’offrant des reflux oesophagiens, de ces bombes chlorydriques interdites par le traité de genéve ou de megéve : la douleur balafre ma mémoire à moins que ce ne soit un besoin de glace.
Je me levais, enfin, rampais jusqu’au frigo tt proche (avantage de vivre ds 40 m2) pour me saisir d’une bouteille de lait, à ces moments seul ce breuvage peut atténuer la brûlure. Bien sûr dès que je tiens la bouteille, un autre questionnement oblitére mon esprit, est ce un signe, un signifiant : ce lait? retour au sein? au sein de ces pensées malveillantes ou plutôt éveillantes. J’avais beau me dire que ramener tout à cette succion des premiers jours ou plutôt à cette absence, semblait bien réducteur mais le liquide me disait le contraire en répandant un premier soulagement. A cet instant j’étais presque heureux. Heureux d’avoir annihilé l’assaillant. Enfin son attaque intestinale. Mais les visions incendiaires demeuraient dévastant l’espace verdoyant de ces derniers jours.
Savoir que l’on ne va pas trouver le sommeil aurait tendance à me paniquer surtout si le lendemain, je dois m’agiter 8 h durant. Le fait d’en être dispenser me fit envisager l’énoncé autrement. Les blessures, les ruptures , les échecs de toutes sortes pouvaient être des origines renouvelées, des points de départ d’autres trajectoires. Dis ainsi tout semble simple, on s’allége des entailles dans les chairs, de ces mots meurtriers qui vous vrillent l’esprit comme une vis sans fin. J’étais de ces êtres dont la vie avait le cycle de la journée. J’en ignorai le pourquoi mais en ressentais la chronobiologie dans mon organisme. La crédulité y était pour beaucoup. Cet état jumeau de la croyance alimenta un moi en moi bien chétif.
Enfant je prenais les mots à la lettre. Quand la zia m’apprit la première prière, le fameux pater noster, j’eus un bien en latin mais ma version française laissait à désirer. La zia traduisait “notre père qui êtes aux cieux mais l’homme qui nous faisait face avec sa couronne d’épines n’était pas aux cieux et lui faire mensonge, il ne pouvait en être question, si bien que je récitais fiérement à ma tutrice un “notre père qui êtes dans l’arbre”! Ceci dit, ce n’était pas non plus un arbre mais comme la croix était en bois, La zia, je m’en souviens, sursauta, se signa et me reprit sans me convaincre, ce jour là, grand-mère dûe clore l’échange qui tournait au bras de fer.
La crédulité à la différence de la croyance a cette fragilité du friable là où la foi se veut acier trempé. Ma crédulité du jour s’est toujours laminée dans ce dévoilement d’un réel qui en me révélant le porte à faux m’invitait à ne pas m’y accrocher.
Mon ingénuité autre pan de l’être crédule est de chercher reconnaissance auprès de ceux qui sauront vous en priver. C’est surprenant l’énergie que vous dépensez dans cette impossible dialogue. Balle projetée à grande vitesse contre des murs qui vous renvoie la déshérence à chaque rebonds dans une partie d’un squash insensé. Le névrosé comme le camé revient mendier sa dose-moi-tjs-prêt- à- payer- miss miss : verset de la compulsion “ô ne nous délivrez pas du mal”. Et dans le “il n’y a rien pour toi” il s’inocule la mégadose, la seule dose à son jeu nécessaire : le manque. Ne fus jamais suicidaire, bien sûr la déprime mais là c’est plutôt de l’ordre de la lucidité sur l’ordre ou le désordre d’un monde. Ai eu sur ma route bien des âmes-corps dont la bienveillance répandit ses bienfaits momentanés sur mon être mutique ou délirant. Au sein de ma famille je demeurais aussi transparent que leur secret.





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